Foutus thermometres, qui font rien qu'a nous montrer que nous sommes malades, alors qu'on n'a meme pas mal.

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Déjà les différents indicateurs inventés pour identifier les meilleures universités (Shanghai, Lausanne, ...) ne permettaient pas de reconnaître notre excellence dans ce domaine. Les indicateurs "internationaux" de l'attractivité, de la compétitivité, de l'innovation persistaient dans l'erreur, refusant de reconnaître l'exemplarité de notre système de R&D&I.

D'autres indicateurs tout aussi internationaux ne reconnaissaient pas la valeur de notre système éducatif, notamment dans les classes primaires, les collèges, ... etc.

En résumé, des classes primaires aux universités, que des indicateurs à jeter, tant leur manque de loyauté à notre égard était flagrant.

Seule était reconnue notre position en termes de dépenses de recherche (2ième ou 3ième d'Europe, 5ième à 7ième mondial) mettant en valeur bien plus notre capacité à dépenser que celle de publier, de breveter, de former, d'éduquer.

Comble du complot le classement de l'OCDE en matière de "vivre mieux" nous place en 18ième position (sur 34 pays étudiés) devant le Japon mais derrière la plupart de nos voisins européens (en accordant une importance "moyenne" à chacun des critères retenus). Il est vrai que si on n'accorde aucune importance à l'emploi, à l'éducation, à la gouvernance et à la sécurité, une très grande importance aux revenus, à l'environnement, à la santé et à la satisfaction nous remontons dans le classement (13ième position).

Certes cet indice n'est pas "objectif", mélangeant hardiment des statistiques et des enquêtes de satisfaction, mais en matière de bien vivre comment échapper à cette partialité.

Si nous sommes bien placés dans les "causes" (par exemple les dépenses) et que nous sommes mal placés dans les "effets" (par exemple les classements internationaux  pour la compétitivité), il ne peut y avoir que deux interprétations à cette fracture entre les indicateurs internationaux mesurant les effets et ceux mesurant les causes:

  1. les effets ne sont pas à la hauteur des causes (les résultats ne sont pas à la hauteur des moyens),
  2. les indicateurs mesurant les effets ne sont pas pertinents.

A votre avis, quelle est la bonne interprétation?

Mon capitaine disait qu'à tout problème il y avait toujours deux solutions, la bonne et celle de l'Ecole de Guerre. Et bien là c'est un peu pareil, des deux interprétations il y a la bonne et celle qui met en doute la pertinence des indicateurs.

C'est le syndrome bien connu de l'évaluation. Sans évaluation on ne mesure pas l'atteinte des objectifs. Sans objectif non plus. Deux raisons pour être mal "noté": l'absence d'objectifs et l'absence d'évaluation. Aucune chance d'atteindre le moindre objectif. N'étant pas à l'abri d'un coup de chance, de temps en temps ça marche.

En 2010 la revue scientifique Nature a publié 182 articles signés ou cosignés par des chercheurs du CNRS. Avec ce chiffre, le CNRS se place en seconde position dans le Top 50 des universités et institutions les plus prolifiques. En première position se trouve l’université américaine d'Harvard avec 238 articles, puis, derrière le CNRS, les Instituts Max Planck allemands. Comme l’indique Sciences et Avenir, il faut descendre jusqu’à la 14e position pour retrouver un autre établissement européen. Il s’agit de l’université britannique d’Oxford qui a proposé 81 articles en 2010.

Comme quoi quand on veut on peut!

Dans une période d'opulence, il suffit d'investir pour réussir, nous sommes dans l'économie des nombres. Plus il y a de chercheurs, plus il y a de recherche, ... et plus il y d'innovation. Plus il y a d'enseignants plus il y a de réussite éducative, ... . Dans une période de restriction, de pénurie, de forte concurrence, cette loi n'est plus viable.

Il faut optimiser, allez dans la bonne direction, allez loin dans cette direction et y aller parmi les premiers. Il ne peut plus s'agir des mêmes règles pour des paradigmes très différents.

La recherche, l'innovation sont des fonctions croissantes de l'interaction des connaissances. Mieux, comme le disait Albert Einstein, "l'imagination est plus importante que la connaissance". Née de la connaissance, l'imagination la dépasse, l'amplifie, la renouvelle. Cette fonction d'interaction, si elle est encore d'un ordre quantitatif (la probabilité d'interaction est d'autant plus élevée que le nombre d'inter-agissants est élevé) introduit une fonction qualitative importante. Et là la loi des nombres ne joue plus le même rôle. Il devient essentiel d'assurer cette fonction qualitative. Au delà de la recherche, le passage à l'innovation (de l'idée à l'utilité) est encore un obstacle supplémentaire ou quantité et qualité vont encore "filtrer" sans oublier bien entendu l'entreprenariat, la prise de risque.

Alors la question devient quelle quantité et quelle qualité sont nécessaires pour réussir? Personne ne connait la réponse, sauf à imaginer améliorer le processus, à le favoriser, à faire en sorte que que la quantité ou la qualité augmentent.

Pour que la compétitivité soit au rendez-vous, on peut donner la liste des conditions à remplir ou plus exactement donner la liste des facteurs favorables:

  1. interaction des connaissances: substrat culturel fort (la créativité est une fonction croissante du "bain" culturel, de l'intensité culturelle du territoire);
  2. interaction des connaissances: localisation (effet "cluster");
  3. ingénierie de l'interaction (storytelling, service design, design thinking, ... autant de "méthodes et d'outils" pour favoriser l'interaction);
  4. effort de programmation de la recherche (favoriser la "coopétition");
  5. ingénierie de la protection de la propriété intellectuelle;
  6. effort de publication;
  7. effort de valorisation: interaction entre "l'idée" et "l'utilité" (rechercher les utilisations possibles, les conditions de cette utilisation, ...)
  8. effort de valorisation: localisation (effet "cluster");
  9. ingénierie de l'innovation; dispositif national et européen d'innovation;
  10. ingénierie de l'innovation: co-conception, co-création, open innovation, ...;
  11. concevoir l'écosystème du cycle de vie (depuis la conception jusqu'à l'utilisation, voire au recyclage)
  12. modèle économique pour la totalité de la chaîne de la valeur;
  13. diffusion de l'innovation: substrat culturel fort (la vitesse de diffusion de l'innovation est une fonction croissante de l'aptitude culturelle au changement);
  14. diffusion de l'innovation: localisation (marchés locaux), segmentations (marchés de niche), massification (masse de marchés de niches);
  15. ingénierie de la protection de la propriété intellectuelle, droit d'auteur, copyright, ... ;
  16. diffusion de l'innovation: efficacité de l'écosystème et intégration de l'écosystème (entre l'amont et l'aval de la chaîne de la valeur).

En regardant cette liste on peut comprendre que le thermomètre indique la fièvre qui indique le mal dont nous souffrons.

Ce n'est pas en cassant le thermomètre que nous guérirons, tout au plus nous ne saurons plus si nous sommes malades.

Jean Claude Fraval

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