Quand comprendra-t-on?

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Quand comprendra-t-on ?

Quand comprendra-t-on que la technologie est un moyen ? Pas plus. Quand comprendra-t-on que ce qui justifie ces moyens c’est avant tout l’usage qui en est fait ? Quand comprendra-t-on qu’il est inutile de développer une technologie sans faire précéder ce développement de la conception de services, des contenus, des interactions qui en feront les usages et sans faire suivre ce développement de la mis en place des contenus et de services qui l’accompagneront ?

Quand comprendra-t-on que cette chaîne de la valeur technologie-contenus-services-usages est indissociable (« atomique » : qu’on ne peut pas couper) et qu’il faut arrêter de procéder par chaînon en ignorant les autres chaînons et la vertu de la chaîne toute entière. Quand comprendra-ton que cette chaîne est vertueuse, que la culture fait l’innovation qui fait la croissance ? Il n’y a pas de croissance sans innovation, il n’y a pas d’innovation sans culture.

Quand comprendra-t-on que l’innovation est affaire de diversité et d’interaction ?

La probabilité d’innover est d’autant plus forte que la diversité des idées est grande, que le volume des interactions entre les idées est important. La probabilité que l’innovation réussisse est d’autant plus grande que le terrain dans lequel se développent ces idées est prêt à générer, féconder, accueillir, promouvoir, diffuser, perfuser l’innovation et que cette aptitude est directement liée au substrat culturel du territoire.

Quand comprendra-t-on enfin qu’au-delà de la demande, au-delà de l’offre il faut ajouter la formation et l’éducation pour permettre à l’offre de se structurer pour répondre à la demande et à la demande d’intégrer et de s’approprier l’offre ?

La mondialisation a joué contre tout cela en séparant offre et demande, en élargissant le fossé entre produits et services, en confiant la conception aux uns et la production aux autres, en faisant fabriquer par les uns ce que les autres utilisent, … etc. cette division n’a plus lieu d’être aujourd’hui.

D’une part les pays émergents sont à la fois producteurs et consommateurs (ils représentent même les gisements de croissance où les taux sont les plus élevés), ils deviennent donc concepteurs et producteurs, ce qui entraîne à son tour une forte demande de formation et d’éducation, qui engendre à son tour une demande culturelle importante. D’autre part les « marchés de masse sont morts » (« one size fit all »), ils sont remplacés par une myriade de marchés de niche, une myriade de marchés « individualisés » (nous sommes des milliards à être uniques)[1]. L’expression ultime de cette individualisation est dans le choix des services, des contenus que chaque personne pourra faire ainsi que des interactions que chaque individu pourra avoir et des moments pour le faire.

Si l’on comprend que l’individualisation, ce n’est pas le hardware mais bien le software au sens le plus général du terme, on aura compris que la tendance irréversible est bien le développement des services et des contenus, contrairement à la technologie qui ne représente que les moyens de cette individualisation.

Si on ajoute que le rapport entre le marché de la technologie et le marché des usages, des services, des contenus, des loisirs est de 1 à 10 au minimum et que ce rapport s’accroit mois après mois, année après année, on aura compris où est l’intérêt et où doit se situer en priorité le développement économique.

Si on ajoute encore que le lien social est probablement le plus fort au sein d’une communauté identifiée et que le premier terme de l’identification peut-être le territoire (le village, la ville, le département, la région) on voit se dégager progressivement la ligne vertueuse du développement économique qui doit être :

  • territorial (ancré sur un territoire) pour contribuer au lien social
  • privilégiant les services et les contenus pour permettre l’individualisation
  • intégrant la technologie pour aborder la totalité de la chaîne de la valeur
  • en mettant en place les structures éducatives et de formation pour structurer l’offre et la demande
  • et permettre l’amplification culturelle nécessaire à la créativité,
  • en préservant grâce à cette amplitude culturelle la diversité et en favorisant l’interaction.

Jean Claude Fraval [@dvantage]


[1] En anglais il y a une différence fondamentale entre « any », « every », et « some » que l’on peut traduire par n’importe (anywhere, n’importe où), partout (everywhere) et quelque ( somewhere, quelque part). ATAWAD était l’expression qui décrivait cette possibilité (AnyTime AnyWhere AnyDevice) alors que l’expression devient « some » pour adresser l’individualisation.
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