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La technologie et les réseaux au cœur de la problématique des contenus (et réciproquement)

Plusieurs tendances se font jour au cœur de la problématique de l’Internet du Futur.

  • En premier lieu, la croissance du trafic (notamment en raison de l’accès aux contenus vidéo et aux réseaux sociaux) sur Internet nécessite un renforcement de la bande passante du réseau des réseaux et ceci serait particulièrement vrai pour l’Internet mobile, poussant ainsi les feux pour une accélération des déploiements du LTE. On voit alors bien la relation qu’il peut y avoir entre technologie, infrastructure et contenus. On peut cependant faire remarquer qu’en plus de la démultiplication des moyens « conventionnels » il est possible d’espérer des progrès technologiques tels que les limites actuelles soient repoussées afin de satisfaire aux exigences futures du trafic. Certains vont même jusqu’à prédire la mort d’Internet.

(average demand per user vs. average capacity per user)

Cette situation est cependant fortement contestée par d’autres analystes qui ne sont pas convaincus de la nécessité de multiplier la bande passante, une bonne partie des flux vidéo passant d’abord par le réseau fixe.

Il n’en est pas moins vrai que la demande croit et de manière très sensible, sans que pour autant la capacité suive dans les mêmes proportions. Gageons que les seules ressources ne seront pas de multiplier les moyens actuels mais également de déployer de nouveaux moyens. L’architecture des réseaux tout comme leur technologie seront alors des variables d’ajustement très importantes1.L’interpénétration des « business models » et des « value chains » est alors indispensable, les opérateurs de télécommunication ne pouvant pas assumer seuls les investissements alors que les applications et les contenus en sont les bénéficiaires.

Ce phénomène perdure avec plus de 600 applications nouvelles par jour sur l’Apple Store en France (15% pour les livres numériques à 87% payants au prix moyen de 2,71€, 15% pour les jeux).

  • La distribution « simultanée » du même évènement, le recours « simultané » à une même interaction a déjà montré les limites des réseaux2 (peak time). Là encore l’architecture du réseau de distribution de contenus (CDN – Content Delivery / Distribution Network), les plates-formes de service (SDP – Service Delivery Platform), le « nuage » et sa distribution seront les arbitres de la diffusion au plus grand nombre. Gagner peu sur beaucoup est le principe même du Web (hors premium), poussant ainsi à trouver des formes d’interactions et d’échanges attractives pour le plus grand nombre. L’optimisation peut conduire alors à deux types de solution : réseaux multi-support ou chaque « étage » de l’architecture est déployé sur un support (fibre jusqu'à l’immeuble, puis micro, pico cellule «  la fibre est l’avenir des réseaux mobiles »), terminal multi-réseaux où le terminal détermine le réseau support à employer en fonction de ses caractéristiques – notamment de qualité – et des besoins. Là encore technologie et infrastructure s'imbriquent avec les besoins, les services, les applications, les contenus.
  • Les nouveaux usages viennent encore modifier la donne technologique. La bataille entre Facebook et Google (ce que certains appelle la baille entre le Web « social » et le Web « algorithmique ») est aussi une bataille sur les nouveaux usages, qui n’est pas neutre dans le développement de nouvelles technologies de distribution et /ou d’interaction3. Tant que l’accès se fait à partir du PC, la recherche (moteur de recherche) est reine (une part importante du trafic de Daily Motion vient de Google). Lorsque l’accès se fait à partir d’une télévision connectée, on passe à un acte plus social de recommandation et de partage, notamment via le graphe social de Facebook. Ces usages rejaillissent sur les technologies utilisées, voire même sur les infrastructures concernées. L’iPhone représente 10% de l’écoute en direct sur le numérique et 16% de l’écoute en différé (sur Europe 1). Ainsi même les réseaux de diffusion de la radio (qui pourtant n’est pas encore numérique) sont impactés par le Web.
  • L’Europe, bien absente du jeu mondial, pourrait trouver (retrouver) une place prédominante sur le Web grâce à deux facteurs de succès déterminants : la qualité de ses infrastructures, le rôle important des usages collectifs. Les usages privatifs ou individuels sont dans le champ des acteurs en place. L’Amérique, l’Asie ne s’intéressent pas ou peu à ces écosystèmes (en Asie l’approche se fait par pays, qui peut-être immense comme la Chine mais approche qui à l’exception près de quelques initiatives - U-city au Japon et en Corée - reste de faible ampleur). Le domaine « collectif » reste imperceptible aux U.S.A. Cependant, l’Europe de la santé n’existe pas, pas plus que l’Europe de l’éducation ou l’Europe de l’énergie. Cette absence de « marché unique » fait perdre l’économie d’échelle à laquelle l’Europe pourrait prétendre face aux géants asiatiques et américains mais elle fait gagner en diversité. Or ces usages collectifs se caractérisent par :

- Une faible « bande passante » pour chacun de ces usages pris individuellement (à l’exception de l’imagerie médicale et des autres applications similaires) ;

- Un très grand nombre d’utilisateurs, qui collectivement peuvent justifier alors d’une infrastructure à très haut débit ;

- Un très grand nombre d’interactions ou un même échange peut impliquer plusieurs intervenants, multipliant ainsi le recours aux infrastructures performantes ;

- La nécessité d’un processus interactif d’accès, d’apprentissage, d’assistance, … (« discovery ») ;

- Des principes éditoriaux différents et des qualités « éditoriales » différenciées.

Là encore infrastructures, technologies et usage s’interpénètrent et interfèrent.

Synthèse :
L’abondance est là, abondance des terminaux connectés, abondance des contenus et des sources, démontrant ainsi la dualité des approches. Nouveaux contenus pour nouvelles infrastructures et nouveaux usages.

Le développement technologique n’est pas achevé, la diffusion de tous les contenus et toutes les applications n’est pas finie.

Or jusqu’à un passé récent, les deux démarches étaient asynchrones. Dès lors que les acteurs, les chaines de valeur, les « business models » s’imbriquent, le tout entre en résonnance pour donner lieu à des courbes de croissance problématiques.

(source : Technicolor – DigiWorld Summit 2010)

L’avenir est à la mesure de l’imbrication des approches. Le développement économique sera au rendez-vous là où l’intégration se fera.

Intégration des technologies et des contenus, intégration des infrastructures et des services, intégration du social et du collectif, intégration de l’innovation et de la culture, intégration de l’innovation et de la formation, … 4.

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1 Parmi les technologies auxquelles ont peut penser : PIC (Photonic Integrated Circuits), la commutation optique pour les réseaux du futur

les réseaux domestiques convergents multi-Gbps, les réseaux cœurs et métropolitains multi-Tbps , les réseaux FTTH multi-longueurs d'onde à 100 Gbps  … (en respectant également une consommation plus sobre de l’énergie – 100 fois plus de débit pour 10 fois moins d’énergie -)

2 en 2010, la retransmission d’un match de tennis durant le tournoi de Roland Garros auprès de 60000 téléspectateurs « mobiles » a fortement congestionné le réseau de l’opérateur. Que dire de la retransmission du concert de U2 en live-streaming par Youtube en 2009 auprès de plusieurs millions sur tous les continents en une semaine. Le match France-Afrique du Sud au cours de la Coupe du Monde 2010 a donné lieu à 700 000 « streams » dans la journée et 250 000 « streams » en direct. Les limites sont sur le point d’être atteintes.

3 “The Web is now social. Mobile is becoming social. Local as well is becoming social” (Henri Moissinac, Head of Mobile, Facebook pendant le Digiworld Summit 2010). The old Web was the Web of “what”, the new Web is the Web of “whom”. Les statistiques de Facebook sont d’ailleurs éloquentes (More than 550,000 active applications are currently on Facebook Platform. More than one million websites have integrated with Facebook Platform). Facebook c’est le partage autour d’applications, autour d’expériences dans le Web. Francis Lorentz (président de l’IDATE)disait au cours de son intervention « nous n’allons plus sur Internet, nous sommes dans Internet. Le futur Web sera celui de l’immersion de l’individu dans son environnement numérique ».

4 « studio & store » (nom de l’atelier de création de contenus et d’application et du magasin de distribution de contenus et d’applications) se propose de développer les technologies permettant de créer des contenus et des applications (y compris les plates-formes d’expérimentation, de développement, de test et de validation) et les technologies permettant la distribution des applications et des contenus (y compris les infrastructures de réseau, les serveurs, les fonctions éditoriales, les interfaces, la sécurité et la confidentialité, …). Là encore il s’agira d’associer recherche (les laboratoires académiques), innovation (les entreprises) et formation (les établissements d’enseignement supérieur) au service des technologies pour les applications, les contenus et leur distribution, leur échange, leurs interactions.

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