ZOOM AVANT Special AFTER #3 - Etienne Klein

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Étienne Klein est directeur de recherches au CEA. Il dirige actuellement le Laboratoire de Recherches sur les Sciences de la Matière. Il est par ailleurs membre du Conseil d'Analyse de la Société, il est également membre du conseil d'orientation de l'Institut Diderot (laboratoire d'idées français lancé le 19 octobre 2009, avec la double ambition de favoriser, sur les grands thèmes qui préoccupent les sociétés contemporaines, une approche multidisciplinaire et une vision prospective).

Habitué des médias (In vivo sur France Culture et ... Arte – documentaire lui ayant laissé un mauvais souvenir -) et auteur de nombreux ouvrages, Etienne Klein nous surprend toujours puisque il est souvent là, partout et notamment où on ne l’attend pas, couvrant de très nombreuses disciplines, de très nombreux thèmes sous de très nombreux formats, participant aux conférences TED (Paris) et même dans un registre très très particulier (« Le paradoxe du chat beurré »).

Citons également les nanosciences, où il nous fait part de ses interrogations

« Surveillons les nanoparticules comme le lait sur le feu » (Voir l’article paru dans La Tribune, et notre premier article à son sujet : " A la découverte d'Etienne Klein" ) 1) Nous n’oublions pas que le CEA est l’un des tout grands laboratoires en France dans le domaine des technologies numériques, des premiers niveaux de technologies numériques (les constituants des circuits intégrés au cœur de la matière). Or dans ce domaine quelques lois arrivent en bout de course (la loi de Moore est sur le point d’avoir les limites physiques des semi-conducteurs). Peut-on avoir un aperçu des pistes envisagées :

* nano-technologies, * puces photoniques en lieu et palce ou en complément des puces électroniques * nucléo-conducteurs (puces à l’échelle atomique) * ... .

2) la physique des particules peut-elle jouer un rôle dans les semi, photo, nucléo, ... conducteurs et dans ce cas le CEA y contribuera-t-il ? (Le chapitre du site du CEA consacré aux technologies ne parle que des nanosciences et des nanotechnologies).

3) Le CEA List et le CEA Leti (qui dépendent de la Direction de la Recherche Technologique, autre direction du CEA) ont de nombreuses activités en imagerie et en particulier en imagerie médicale. Par ailleurs le CEA a changé de nom et s’appelle désormais « Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives » abordant ainsi les systèmes de systèmes où les réseaux jouent un rôle essentiel. Si on ajoute l’Ecole Centrale de Nantes et les relations de partenariat entre Supélec et l’Ecole Centrale de Paris, tout conforte ma question : « Quand viendra-t-il s’installer à Rennes ? » Les Monts d’Arrée qui sont des nano-montagnes sauront-ils l’attirer ?

4) Interview d’E.Klein par l’Internaute (2006) Est-ce que c'est l'Etat qui doit décider des priorités de la recherche (cf. pôles de compétitivité) ? « En partie, mais en partie seulement. De son côté, l'Etat a pour devoir de pousser des recherches qui relèvent de l'intérêt général. Mais les chercheurs ont eux aussi voix au chapitre, dans la mesure où ils savent quelles sont les questions qui se posent à eux, et où ils connaissent les moyens qui leur seraient nécessaires pour pouvoir y répondre ».

Pense-t-il toujours la même chose en 2011, notamment en réponse à l’Etat qui fait et défait les programmes de recherche et d’innovation à coup d’investissements d’avenir ? Au fait que pense Etienne Klein des investissements d'avenir. Alpinisme (sport extrême et solitaire) ou Rugby (sport d’équipe)? Connaissance ou technologie?

5) Il s’agit, par une intervention directe sur la matière à l’échelle du nanomètre, de créer des objets inédits destinés à un usage précis. Exemple : on sait qu’un transistor est un dispositif – une sorte d’interrupteur en fait – permettant de faire passer ou non un courant électrique entre deux électrodes, selon l’état électrique d’une troisième électrode. Il est aujourd’hui tout à fait envisageable de fabriquer un tel dispositif avec un nombre minimal d’atomes. On imagine l’économie de matière ainsi réalisée, et, par conséquent, la multiplication possible du nombre de transistors sur une même surface, avec des besoins en énergie pour faire fonctionner ces systèmes réduits en proportion. Y-a-t-il une piste, une voie, ... pour que les sciences de la matière apportent une rupture et ouvrent une nouvelle ère technologique ?

6) Autre domaine d’excellence, les anagrammes : par exemple « Albert Einstein » devient « Rien n’est établi » (autrement dit tout est relatif).

Même si la recherche d’anagrammes est parfois décevante, elle peut donner des résultats conformes au sens caché : (pas de résultat pour Etienne Klein mais une belle publicité pour les générateurs de vapeur sur ... www.materiel-viticole-vinicole.com , étrange non ?)

Zoom Avant a retenu plus particulièrement deux thèmes : Distinction entre "la société de la connaissance" et "la société de l'usage des technologies". Comme les technologies (grand public) sont faciles à utiliser, on perd le lien entre l'utilisation des technologies et les principes, les théories qui les rendent possibles. Au début de l'aviation, comme au début de l'automobile, ceux qui utilisaient ces technologies en connaissaient les "rouages". Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ce lien entre l'usage et la connaissance est rompu en grande partie, contribuant à rendre les technologies "suspectes", d'où un rapport schizophrénique (on les aime pour leur usage mais on les craint pour l'inconnu qu'elles apportent). Les nanotechnologies, les OGM, ... font partie de ces technologies qui font ou feront notre quotidien - peut-être - bien que source d'inquiétude et de réticence.

Autre sujet: les fameux mini trous noirs du LHC (ARTE). Là encore la connaissance disparait au profit de l'usage mais pas pour les mêmes raisons, l'auteur du documentaire cherchant à détourner la connaissance et la notoriété d'Etienne Klein au profit de sa thèse (les physiciens mènent le monde à la catastrophe). Et ce n'est pas Fukushima qui va rétablir l'ordre. On a tout simplement oublié que ce ne sont pas les physiciens qui sont à l'origine de cette catastrophe mais bien la nature (tremblement de terre suivi d'un raz de marée - n'accusons pas les vulcanologues -) et quelques ingénieurs (nos frères). Défense des humanités (pardon j'ai un peu tronqué et j'utilise à mon profit):

"Aujourd’hui, c’est le présent qui nous domine du matin au soir : il y a une ontologie exclusive de l’actualité, une hégémonie de l’instantané, une autorité du temps soi-disant réel. Les événements ne sont plus que des fluctuations au destin éphémère (c’est-à-dire sans destin du tout), qui n’apparaissent que pour aussitôt s’engloutir, comme font les particules virtuelles au sein du vide quantique. L’urgence s’est comme liquéfiée : elle s’infiltre partout et nous transforme en « Turbo- Bécassines » (tiens tiens encore la Bretagne) et en « Cyber-Gédéons » (pour parler comme le regretté Gilles Châtelet). Alors, privés de trame de lecture, de cadre de référence, orphelins des philosophies de l’histoire, piégés dans un flux qui nous submerge, nous perdons les moyens de discerner quel paysage général est effectivement aujourd’hui en train d’émerger. En d’autres termes, nous ne parvenons plus à penser ce qui va survenir en prolongement de ce qui est."

"A la vérité, pour contrer notre tropisme consommatoire, il n’y a en fait que deux instruments, qui correspondent à deux solutions différentes du problème : une bonne crise financière ou l’enseignement des humanités. L’apparition récente de la première solution ne doit pas affaiblir notre volonté de promouvoir la seconde."

"Certaines avancées « forcent » ainsi la réflexion à se remobiliser et à ouvrir de nouveaux chemins de pensée. Mais encore faut-il disposer de la culture permettant d’abord de les détecter, ensuite de les traiter. Or cette culture met en scène – je devrais plutôt dire « fait vivre ensemble » - des connaissances tour à tour historiques, littéraires, philosophiques, bref des connaissances qui font partie des humanités."

Quand je vous disais que la culture est la mère de l'innovation. Vous me croyez maintenant que c'est Etienne Klein qui le dit. Vous me croyez quand je vous dis que la richesse culturelle de notre territoire (2ième région française pour le patrimoine historique, ...) en fait le territoire de l'innovation et que c'est cet argument là qu'il faut utiliser?

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