Quartiers numeriques, bonne solution ou nouveau gadget ?

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Le gouvernement souhaite mettre en place de nouvelles structures dans 15 villes de France, afin de rendre plus visibles les PME de l’économie numérique. Un projet ambitieux qui devra composer avec les écosystèmes existants. Le 28 février à Gennevilliers, Jean-Marc Ayrault présentait la feuille de route de son gouvernement sur le numérique. Plus de 100 actions engagées par les ministères pour dessiner une stratégie nationale. L’une des mesures phares avait déjà été présentée 4 mois plus tôt par la ministre déléguée à l’économie numérique. Il s’agit de Paris Capitale numérique, un projet de quartier d’activités numériques de classe mondiale dans la capitale française. L’objectif est double : accroitre la visibilité du numérique français et stimuler son développement en France. La feuille de route gouvernementale détaille un peu plus la mesure, parlant de « quartiers numériques » qui seront « labellisés »partout sur le territoire, en déclinant le concept parisien.

Paris et les autres

Le constat de départ de la Ministre est sans appel : « nous ne sommes pas tellement dans le radar... ». Nous ? La France et ses PME numérique à l’échelle internationale. Fleur Pellerin évoque des « problèmes de communication » ou « de structuration » dans un entretien à Truffe Capital. Les documents de travail du ministère parlent en effet de « structures (…) dispersées ». L’idée est donc de « rassembler dans une même zone géographique » différents pôles. Le gouvernement liste ainsi la recherche, la formation, un espace de travail partagé, une pépinière de PME, voire un FabLab. La Ministre évoque plus simplement « des incubateurs géants » avec « des couches de services » pour permettre le développement des PME et augmenter leur visibilité auprès des investisseurs. Par ailleurs, il s’agit de donner une « vitrine » à l’économie numérique française au niveau mondial. C’est pourquoi l’accent est d’abord mis sur le projet parisien, qui doit voir le jour avant la fin de l’année 2013. Pour la capitale française, il s’agit en effet d’apparaître au niveau d’autres capitales européennes comme Londres ou Berlin, qui s’affichent déjà dans ce domaine. Paris Capitale numérique sera également « un grand cluster » si on en croit les explications de Fleur Pellerin à Frenchweb. Pas question pour autant de copier la Silicon Valley, son idée étant plutôt de « faire émerger un modèle qui nous soit propre ». Pour les détails, la Caisse des dépôts, en charge du dossier, doit rendre sa copie en juin.

En région, une structure de plus ?

Dans ce contexte, se pose la question du rôle des quartiers numériques en région. Sont-ils une compensation pour les autres territoires ? Des acteurs au service du cluster parisien ? Les contours sont pour l’instant plus que flous. On sait qu’il est question de labelliser « quinze quartiers numériques (…) dans les agglomérations françaises les plus dynamiques » dans ce secteur. Ils seront aussi « associés à un programme d’excellence » pour les entreprises « à fort potentiel mondial ». Mais la Ministre l’admet elle-même « la manière dont ça va se décliner localement n’est pas tout à fait définie ». D’autant qu’il existe déjà de nombreuses structures comme les pôles de compétitivités. Le projet devra donc « s’inscrire dans cet écosystème qui existe déjà ». Le risque est de « rajouter une 73ème couche » au millefeuille d’acteurs TIC, d’après Yann Dieulengard, chargé de mission à la Meito. Il voit cependant un intérêt à cette nouvelle structure « si c’est donner de nouvelles missions aux acteurs existants ». Il faudrait ainsi un « volet accompagnement financier », avec la Caisse des dépôts et Oséo. Fleur Pellerin veut elle croire à la « vertu de la proximité physique » pour faire travailler ensemble les acteurs. Mais cela ne suffit pas toujours à initier des collaborations. Pour M. Dieulengard, c’est surtout « une question de personne qui porte le dossier ». La Ministre évoque ainsi « les collectivités territoriales » ou leurs « acteurs privés ». Les quartiers numériques s’apparentent aussi à une démarche marketing, visant à donner une lisibilité des territoires innovants à l’international. La « marque ombrelle » et une « identité commune » sont ainsi déjà prévues par la feuille de route du gouvernement. A ce stade, difficile de dire si cela sera suffisant. Le gouvernement joue en tout cas sa crédibilité dans ce dossier, après celui sur la politique culturelle à l’ère numérique. Le but est en effet, à travers ces structures, d’apparaître plus clairement dans la compétition internationale. Ce cap avait été fixé en 2004 aux pôles de compétitivité qui lançaient alors une nouvelle politique industrielle. Crédit photo : © Sergey Nivens - Fotolia

Plus : Des quartiers numériques à inventer, chronique de Jean-Louis Frechin La feuille de route du gouvernement sur le numérique

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