ZOOM ndeg 38 : 12 technologies perturbatrices

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38ème édition de la lettre Prospective Images & Réseaux ! Jean Claude Fraval s'intéresse aux technologies dites "perturbatrices" ou de rupture ( "disruptives technologies") et aux critères qui font qu'elles sont considérées comme "perturbatrices". Comment repérer les disruptives technologies ? Telle est la question à laquelle Jean Claude Fraval tente de répondre dans ce ZOOM. Mais avant de commencer la lecture du ZOOM proposé par Jean Claude Fraval, et en guise d'introduction nous vous proposons une petite vidéo sur le principe même de technologies de rupture.

Pour repérer les technologies « qui vont compter », celles que McKinsey appelle les « disruptive technologies » (ce qui pourrait se traduire par « technologies perturbatrices », « technologies de rupture », « révolutions technologiques », ...), il convient d’observer 4 critères :

  • rapidité des avancées, ruptures envisagées ;
  • large horizon des impacts;
  • intensité économique ;
  • faculté de modifier intensément la façon de vivre, de travailler, ... .

Parmi  quelques 100 technologies observées à travers les publications, 12 technologies ont été retenues par McKinsey :

  • Internet mobile
  • Automatisation des métiers de la connaissance
  • Internet des Objets
  • Informatique en nuage
  • Robotique avancée
  • Véhicules autonomes ou semi-autonomes
  • Nouvelles technologies du génome
  • Stockage de l’énergie
  • Impression 3D
  • Nouvelles générations de matériaux
  • Nouvelles technologies d’extraction du gaz et des combustibles fossiles
  • Energies renouvelables

Les quatre premières de ces douze technologies relève directement des TIC. Les autres technologies ne relèvent pas directement des TIC mais en sont très dépendantes. Très récemment certaines réflexions menées faisaient état de la compréhension des différentes crises qui  apparaissent comme étant primordialement différentes manifestations d’une crise plus générale de l’innovation.

En effet les différents « âges » qui sont apparus dans les quelques derniers siècles coïncidaient  des innovations majeures et avec l’apparition de nouvelles formes d’énergie (la vapeur, l’électricité, ...). La révolution que nous connaissons actuellement (l’âge postindustriel ou la révolution de l’information) n’apporte pas de bouleversement dans la nature ni dans les usages de l’énergie. Tout au plus peut-on y voir une faculté d’optimisation mais surtout une explosion de la consommation, sans contrepartie réelle en termes de quantité, de qualité, de nature de cette énergie.

Or l’énergie au sens large figure par trois fois dans cette classification. Jeremy Rifkin (spécialiste de prospective économique et scientifique et président-fondateur de la "Third Industrial Revolution Global CEO Business Roudtable") déclarait:

"L'avenir de l'Europe c'est la troisième révolution industrielle: la production décentralisée de l'énergie et sa mise en réseau".

Cette révolution, explique-t-il repose sur cinq piliers indispensables:

  • sortir de l'économie carbonée et nucléarisée;
  •  déconcentrer la production d'électricité;
  • permettre le stockage de l'énergie;
  • collecter et redistribuer l'électricité via des réseaux intelligents;
  • brancher les transports sur ces réseaux.

A l'heure de la déconcentration énergétique, à l'heure de la distribution de la production et de la consommation, à l'heure où l'optimisation est au carrefour production-consommation, la question de la re-concentration des moyens de communications, des informations, des traitements, des stockages doit être posée.

Gérer les informations de ce carrefour production-consommation, là où il se trouve, notamment pour l'énergie, est une des clés de cette troisième révolution. A l'image d'IBM  qui ne vend plus des ordinateurs mais des services - le management de l'information -,  demain il s'agira de vendre les services de management de l'énergie.

Robert Solow, prix Nobel d'économie, a montré que le contenu de la productivité a changé,  la part du capital par salarié ne représente plus que 40% des gains, le reste c'est l'efficience  énergétique.

Autrement dit les défaillances d'entreprises au cours des vingt prochaines années seront moins dues aux coûts du travail qu'à ceux de l'énergie.

Certains voyaient une révolution numérique sans croissance, notamment en termes d’emplois, les premières capitalisations boursières dans le monde ne représentant qu’une infime contribution à l’emploi, bien moindre que ce qui pouvait être constaté par ailleurs.

A titre d’exemple :

Entreprise

Capitalisation boursière

Nombre d’employés

►    Google

$207B

54000

►    General Electric

$243B

305000

(nota : les chiffres donnés sont pris à des dates comparables en 2013)

L’étude proposée par McKinsey rend ces analyses quelque peu caduques. Si effectivement ces ruptures ne sont pas comparables en termes « énergétiques », elles le sont en termes d’impact sur l’économie, sur la vie, sur le travail. Encore faut-il admettre que la production d’énergie ou que son utilisation peuvent être comparées aux économies d’énergie que ces différentes technologies perturbatrices peuvent générer.

L’Observatoire du Numérique distingue quatre catégories d’acteurs :

  •      les secteurs producteurs de TIC
  •      la nouvelle économie (commerce et services en ligne, Internet (B2C, ...), médias et contenus en ligne.
  •      les secteurs usagers (banque, assurance, industrie, distribution, administration, ...)
  •      les particuliers et les ménages (loisirs, culture, santé, réseaux sociaux, ...)

Les différentes études menées montre que les secteurs producteurs de STIC en France représentent environ 5,2% du PIB (et seulement 3,7% des emplois), alors que 78% de l’économie sont directement impactés par la production ou l’utilisation des TIC (seuls 22% sont peu ou pas du tout impactés par le processus de numérisation.

Il y a donc un effet de levier de 1 à 15 entre le PIB direct (les secteurs producteurs de TIC) et le PIB impacté dans les quatre catégories d’acteurs. Une grande partie des acteurs mondiaux affiche non seulement les emplois directs de leur entreprise mais également les emplois indirects ainsi que les emplois « impactés ».

McKinsey rapportait dans l’étude réalisée pour l’e-G8, la création de 2,6 emplois pour 1 emploi détruit pour l’ensemble de l’économie de l’Internet.

La répartition des quatre composantes de l’économie numérique (économie d’Internet, applications et services informatiques, services de télécommunications, technologies de base et infrastructures) selon la valeur ajoutée, l’emploi et le nombre d’entreprises est à ce propos très révélatrice : seulement 15% des emplois, pour 30% de la valeur ajoutée dans 5% des entreprises pour les services de télécommunications, les autres composantes étant plus équilibrées, à l’exception des technologies de base  où 45% des entreprises concentrent 36% des emplois pour seulement 23% de la valeur ajoutée.

 Selon l’étude de McKinsey (rapport complet ou résumé en Annexe sur les Espaces collaboratifs) les résultats obtenus dans ces domaines sont déjà probants :

Dans les principales « technologies » du futur, les gains sont déjà considérables, permettant d’envisager d’autres gains pour d’autres secteurs d’activité d’ici à 2025.

C’est le cas en particulier de l’économie de la connaissance (knowledge work) où partant d’une réalité en 2012 de plus de 230 millions d’emplois, l’impact économique potentiel de l’automatisation de ce secteur est estimé à 5 à 7000 milliards de dollars par an.

Autre technologie, l’Internet des objets : là encore les impacts à l’horizon 2025 sont énormes, notamment dans le domaine de la santé.

L’estimation de McKinsey porte sur 36 000 milliards de dollars les couts opérationnels de secteurs tels que l’industrie manufacturière, la santé ou l’extraction (mines) qui peuvent être impactés par 1000 milliards d’objets connectés.

Autre étude à prendre en considération, celle de General Electric :

Cette étude parue en fin d’année 2012 faisait apparaître le potentiel d’un « rapprochement » entre les « machines » et les réseaux dans les domaines de l’industrie. L’estimation porte sur 10 000 à 15 000 milliards de dollars qui se trouveraient ainsi ajouter au PIB mondial par l’Internet Industriel, c'est-à-dire selon la définition donnée par GE capital, l’utilisation des toutes les ressources des TIC pour les activités de l’industrie. Afin d’éclairer cette transformation numérique, l’étude du MIT qui lui est consacrée apporte une vision « systémique ».

Elle fait apparaître (notamment à travers quelques cas particuliers) les trois composantes de cette transformation. Surprise, surprise, les processus opérationnels sont bien évidemment présents mais ils sont « encadrés » par les nouveaux modèles économiques et par les usages (traduction large de « customer experience »). Autrement dit les impacts réels de la transformation numérique ne se limitent pas aux seuls processus, ils concernent également l’organisation, la stratégie, ... de toute l’entreprise (en amont des processus) et les clients (en aval des processus). Il y a fort à parier que l’étape suivante, déjà largement amorcée est l’intégration de ces trois composantes, où clients, bureau d’études, bureau des méthodes, production, distribution, services, écosystèmes, ... seront liés, seront « reliés » entre eux par la partie basse de ce graphique (« Digital Capabilities »).

Enfin dernière étude, celle de l’OCDE, Internet Economy Outlook 2012, étude publié en fin d’année 2012 et qui illustre les différentes tendances observées – largement au-delà de l’Internet - dans les différents pays de l’OCDE, permettant ainsi des comparaisons dans le temps et dans la géographie.

Retrouvez le ZOOM 38 et ses Annexes, exclusives pour les Membres sur l'Espace Collaboratif ZOOM

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