ZOOM ndeg 39 : DigiWorld 2013

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ZOOM n° 39 DigiWorld 2013

Comme chaque année la sortie du DigiWorld Book réunit le gotha des télécommunications françaises. Rappelons que ce livre, préparé par l’Idate (dont le A vient d’audiovisuel et le T des télécommunications) recouvre les TIC, l’électronique grand public et les services de télévision. Jean Claude Fraval nous propose dans ce ZOOM sa lecture du DigiWorld Book 2013.


En préambule nous vous proposons une vidéo d'Yves Gassot, Directeur Général de l'IDATE qui introduit le DigiWorld 2013

Yves Gassot annonce le thème du Digiworld Summit 2013 from DigiWorld by IDATE on Vimeo.


Il ne couvre pas la totalité de l’économie numérique (presse, édition, musique, vidéo, cinéma, publicité en ligne, ...). Il ne couvre non plus pas la société numérique (e-Santé, e-Administration, e- Education, e-Commerce, ...) ou tout au moins n’en fait pas un sujet particulier lié à un usage mais en fait un sujet général d’utilisation des TIC. On pourrait être tenté de dire que le DigiWorld Book reste très orienté vers les opérateurs de services de communication, presque « technologique » par opposition à une approche plus guidée par les usages. Il en résulte deux phénomènes qui peuvent se répéter d’année en année :

  • absence de nouveaux pans d’usages, qui sont autant de signaux faibles mais qui pourraient constituer les signes précurseurs des futurs marchés tirés par ces usages ;
  • absence de secteurs complets de l’économie numérique ou de la société numérique, puisqu’ils n’apparaissent qu’à travers le prisme des usages (donc auprès de l’utilisateur in fine) et non pas à travers les services fournis par les opérateurs. 
N’apparaissent jamais les impacts économiques de la numérisation de l’économie, de l’industrie, ..., des segments verticaux, alors que dès lors qu’on aborde la société numérique, ces impacts en sont le fondement même.

A titre d’exemple, dire que l’utilisation des « big data » et des « big analytics » par le système de santé américain pourrait donner lieu à une économie annuelle de 300 milliards de dollars, n’est pas abordé par le DigiWorld. Suivre General Electric Capital qui prétend que le rapprochement des machines et des réseaux pourraient permettre d’ajouter 10 000 milliards de dollars au PIB mondial (via ce qu’ils appellent l’Internet industriel) n’est pas non plus envisagé par les approches du DigiWorld.

Nous avons donc un point très complet sur la situation du DigiWorld, en croissance de 2.7% par rapport à 2011, donc un taux de croissance inférieur à celui de l’économie mondiale en général, à 3150 G€. Les marchés des TIC, appelés « parents pauvres de la croissance économique », ont en effet progressé de 45% en valeur au cours des dix dernières années, alors que dans le même temps la richesse mondiale progressait de 78% en valeur également. Le poids des TIC dans le PIB mondial a fondu de 1 point en l’espace d’une décennie.


NDLR : Il est possible que cela soit du, à l’image de l’industrie – poids de l’industrie dans le PIB –, à des transferts, la richesse créée n’étant plus enregistrée dans le volet TIC mais dans le volet « vertical » concerné. Le transfert constaté entre certains domaines d’activité de l’industrie (logistique, maintenance, entretien, restauration, ... ) vers des activités externalisées de services à fait disparaître du PIB « industrie » cette activité au profit du PIB « services ». Dans le monde des TIC, ces transferts sont possibles, d’une part entre produits TIC et services TIC, voire même entre TIC et le segment d’activité concerné (distribution par exemple) d’autre part.

Par ailleurs le DigiWorld Book essaie chaque année de mettre en évidence les quelques grandes forces de transformation qui paraissent dominer le futurs de ses secteurs. En 2012 ces trois grandes forces étaient la mobilité, l’informatique en nuage (cloud computing) et l’information massive (big data). En 2013, le DigiWorld Book ne change pas ses repères et confirme donc l’actualité de ces trois forces de transformation.



NDLR : Il conviendrait d’y ajouter l’émergence des modèles « low cost », non pas parce qu’il s’agit d’une politique commerciale qui consisterait à « vendre » à bas prix mais d’une approche industrielle qui consiste à produire à bas coûts. Cette approche est tout à fait légitime dès lors qu’il s’agit de produire pour les pays émergents (d’où les nombreuses initiatives de productions de smartphones, de tablettes, ... de services « low cost ») et de couvrir les derniers segments de clientèle des pays développés. Cette approche, doublée d’une (trop) forte concurrence est en train de laminer les opérateurs européens (plus de 150 opérateurs pour 450 millions d’européens). En période d’opulence cette contrainte concurrentielle serait absorbable, en période de récession, en période de sur-taxation pour l’exception culturelle, cette contrainte concurrentielle devient mortelle. Et elle se transmet au secteur entier. Comme le secteur est sur-administré (régulation des télécommunications, réglementation communautaire, attribution de fréquences, ...) il ne dispose pas de marges de manœuvre suffisantes pour lui permettre de réagir efficacement.

Toute l’évolution du secteur se passe au cours d’une période d’intenses investissements, notamment pour le THD (mobile avec la 4G/LTE, fixe avec la fibre), pour les contenus (l’ère de l’économie de l’attention n’est pas finie parce que l’audience est encore reine et que pour conquérir cette audience il faut du contenu, nécessaire, utile, ...).

Se détache encore dans ce paysage le modèle OTT (Over The Top) où les contenus, les applications, les services sont fournis ou vendus par-dessus les opérateurs. Plus que le défaut de modèle de revenu (les opérateurs investissent pour leurs réseaux mais ne perçoivent rien – ou presque - pour les contenus, applications, services des OTT) c’est celui du modèle de données qui est important. La bataille est engagée pour la collecte des informations concernant les interactions et donc les informations concernant ceux qui interagissent. Posséder ces informations est considéré aujourd’hui come un actif. Pour ceci il faut être en contact direct (en ligne) avec ces « interacteurs ». C’est le cas des OTT, Ce n’est pas le cas des opérateurs. Le fossé se creuse donc entre opérateurs et OTT. Au point que certains opérateurs souhaitent agir également en tant qu’OTT et que certains OTT souhaitent devenir également opérateurs. On retrouve aussi ce syndrome avec la télévision connectée (autre terrain de bataille des OTT) et les chaines de télévision, avec la presse numérique, avec l’édition numérique. Mais là on sort du DigiWorld.

NDLR un article récent de Gilles Babinet et Nicolas Colin, fait remarquer que toute l’industrie est concernée à terme par la numérisation – encore faudrait-il dire l’économie plutôt que l’industrie, puisque les services s’industrialisent par la numérisation – et que « rien n’empêchera Renault , Saint- Gobain ou Sanofi de connaître le même sort que les entreprises de presse ou les maisons de disques ».

Le numérique « force » le changement de modèle économique. Les prix ne semblent plus être calés sur le coût intrinsèque du service mais sur sa valeur d’usage. Et cette valeur d’usage est maintenant démultipliée par la valeur de l’information associée à cet usage, par la valeur de l’information associée à celui qui fait l’usage, ... etc.


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