Existe t - il un citoyen numerique ? AFTER #6

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La 6ème édition des AFTERs Images & Réseaux (Nantes 4 juillet 2013) était l’occasion de lancer le nouveau partenariat avec L’Atelier BNP Paribas, partenaire d’Images & Réseaux sur les prochaines éditions. Mathilde Cristiani était ainsi présente pour animer l’heure de débat avec notre intervenant Christophe Ginisty. Un débat sur les usages du numérique, sur la citoyenneté numérique, si tant est qu’elle existe, et sur la question de l’hyperconnectivité. Ce 6ème AFTER s’inscrit, comme l’a rappelé Vincent Marcatté, président d’Images & Réseaux, au cœur des préoccupations du pôle dans sa phase 3, la société numérique et comment les usages doivent être pris en compte dans la création d’innovation. Retour sur cette soirée.

 

Peut on encore parler de citoyen numérique ?

A entendre Christophe Ginisty, on peut se dire que le terme de « citoyen numérique » n’a plus lieu d’être. En effet si par citoyen « numérique » on comprend toute personne qui ne se rend pas compte qu’il utilise les technologies numériques, on peut facilement convenir que nous sommes tous, d’un certain côté, citoyen numérique. Pendant très longtemps, et encore parfois aujourd’hui, on a eu d’un côté les « geeks », adeptes à outrance des nouvelles technologies et de l’autre les gens qui font de la résistance. Mais aujourd’hui le numérique est partout, il est devenu indispensable et a infusé la société.  Il suffit de regarder notre modèle de consommation. Dès qu’on consomme on est encerclé par les technologies numériques. Et pour aller plus loin le citoyen est acteur du numérique par le partage de vidéo, de contenu, de photo, … reste à comprendre ce qu’il en fait pour pouvoir s’en servir.

Les individus créent un usage que personne n’avait prévu

Partant de cette notion de citoyen « acteur » du numérique, Christophe Ginisty poursuit avec l’idée que ce sont eux qui définissent les usages.  Les industries, créateurs de solutions numériques ne font que répondre à un besoin. L’exemple de l’iphone où comment un industriel a répondu à des attentes et a redéfini pour des générations entières l’usage de la téléphonie mobile.

Mais ce constat étant posé on peut légitimement se poser la question de l’innovation dans le numérique. Comment innover ? Comment savoir si ma technologie va fonctionner ?

Et la réponse semble simple : pour innover dans le numérique, l’enjeu aujourd’hui est de faire émerger de nouveaux besoins. Aujourd’hui les gens ont des usages bien définis, avec des « tiroirs » et des outils qui répondent à chacun de leur besoin : professionnel, personnel, privé, en vacances, en voiture, en shopping, … La vraie difficulté est de proposer de la nouveauté dans tout ce système « bien rangé comme dans une armoire normande ». Il s’agit de prouver que le nouveau besoin est nécessaire car ce qu’on peut appeler aujourd’hui l’hyperconnectivité s’apparente plus à de la sassiété.

 

Et la question suivante est logique : comment créer ces nouveaux besoins ?

Là aussi, pour Christophe Ginisty il y a une réponse simple et unique : l’écoute. Aujourd’hui le développement du numérique fait que nous avons à notre disposition une multitude d’outils pour « écouter les gens », pour comprendre ce qu’ils veulent, comment ils utilisent le numérique, afin de pouvoir créer les technologies qui vont répondre à leurs besoins et donc pouvoir faire générer pour une entreprise du chiffre.

Un avis sur la question de la protection des données ?

Christophe y voit là un vrai paradoxe entre ce que l’on veut partager et ce que l’on veut garder pour conserver son intégrité. En tant qu’individu on veut être protégé dans son intégrité, pourtant en tant qu’acteur numérique on donne parfois accès à des informations incroyables que même les services de polices n’oseraient pas demander. L’éthique est plus dans l’utilisation qu’on en fait. Mais cela risque de faire dévier le débat dans le politique.

Et l’Hyperconnectivité, un gros mot ?

Dès que Mathilde Cristiani s’arrête sur le mot d’ « hyperconnectivité » on ne peut que constater un peu sourire nerveux que notre intervenant. Pour lui il n’y a pas d’hyperconnectivité ! Il y a une multitude, qui peut paraître excessive quand on est dans le choc initiatique, mais ensuite les utilisateurs, comme dans toute discipline, créent des barrières, sélectionne, range… Mais Mathilde n’a pas dit son dernier mot et poursuit avec la notion que l’on voit apparaître de plus en plus de «  connectivité anxyogène ». En étant connecté, certaines personnes pensent perdre des choses essentielles comme la mémoire par exemple. Christophe l’admet lui même, qui aujourd’hui connaît par cœur les numéros de téléphone de son réseau ? Personne. Mais on sait comment les retrouver dans notre répertoire. Ce « temps de cerveau disponible » n’est cependant pas une perte, car qu’elle est la valeur ajoutée de la mémorisation de numéros de téléphone ? Au contraire cela nous permet de nous mobiliser sur d’autres choses, et de pouvoir faire des choses qu’on l’on de faisait pas avant. La technologie nous offre des services plutôt qu’elle nous avilie, alors pourquoi chercher à nous déconnecter ? On rentre là dans une opération « marketing » où le monde « déconnecté » deviendra un luxe, un argument de marque, pendant un instant on déconnecte du monde, mais pour mieux revenir connecté.

Les enjeux pour les usages de demain ?

3 grands enjeux apparaissent en fin de débat :

  1. L’éducation des plus jeunes quant à l’usage du numérique, à la transparence, à l’éthique, …
  2. L’accès à tous. Car dans les déconnectés il y a les gens qui ne veulent pas être connectés, que l’on peut apparenté à une forme de snobisme, et il y a encore beaucoup de gens qui ne PEUVENT pas.
  3. La mobilité, voilà pour Christophe le véritable cheval de bataille des industriels, de l’innovation dans les années à venir.

 

Ce débat s’est ensuite poursuivi autour d’un verre. Le temps d’échanger sur les grands enjeux. RDV le 8 octobre pour le prochain AFTER consacré au binôme Grand-Groupe / PME pour l’économie de l’innovation.

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