ZOOM Les equations magiques TIC et croissance

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L’économie est une fonction extrêmement complexe, intégrant plusieurs paramètres, qui de plus ne pas indépendants les uns des autres. Ce n’est pas une raison pour ignorer ces fonctions et ces paramètres. Ce n’est surtout pas une raison pour ne pas les comprendre et donc les mesurer et donc pouvoir agir dessus, d’autant plus que notre croissance en dépend et avec la croissance, l’emploi. Cette édition estivale du ZOOM propose de faire le point sur les équations magiques entre les TIC et la croissance.

1ère équation magique


Cette formule très sérieuse nous vient de la Harvard Business Review, qui dans un article au titre provocateur « the trillion dollar R&D fix » aborde la R&D comme on peut aborder un investissement (s’en est d’ailleurs un) en mesurant le retour sur investissement, puisqu’année après année les dépenses de R&D ne sont que très rarement corrélées avec la valeur (marché) ou la croissance. Durant les quelques années qui précèdent, les entreprises (dont le revenu dépasse $100M) on réduit l’intensité de la R&D (dépenses de R&D divisées par le revenu) de 5,6% en moyenne, alors que l’intensité capitalistique n’était réduite que de 4,8% et que l’intensité des investissements publicitaires augmentait elle de 3,4%.

Encore faut-il nuancer  ce constat par le fait que pendant que certains (dans les pays développés) réduisaient leurs investissements, d’autres (dans les pays émergents) les augmentaient, profitant ainsi de la double aubaine d’un système d’épargne domestique existant et du ralentissement des concurrents[1].

Anne Marie Knott, professeur à la Washington University in St Louis et l’une des directrices du Berkeley Research Group à Los Angeles, suggère que si les vingt premières entreprises américaines avaient optimisé leur effort de R&D en utilisant la méthode RQ[2], l’augmentation de la capitalisation boursière totale aurait pu atteindre « 1 trillion dollar ».

Les premières mesures faites sur les grandes entreprises américaines montrent que le coefficient ɣ

(Exposant du paramètre R représentant le R&D) est proche de 0.109 montrant ainsi qu’une augmentation de 1% des dépenses de R&D aura un effet de croissance de 0,11% sur les revenus.

Si on veut une mesure comparative de la productivité de la R&D, en se basant sur un indicateur RQ de 100 représentant la valeur moyenne du coefficient ɣ pour les entreprises d’un secteur, d’un pays, ... alors la plupart des entreprises auront un indicateur RQ compris entre 85 et 115. Inutile de dire qu’il vaut mieux être du côté des 115 que des 85.

2ième équation magique

Le développement d’une entreprise est une fonction croissante de l’innovation, de l’investissement productif et de la qualification professionnelle. L’innovation est elle-même une fonction croissante de la R&D et de veille stratégique. Si le développement de cette entreprise est jumelé avec l’export, alors croissance et compétitivité sont au rendez-vous.

Cette formulation – de bon sens – n’est cependant pas celle que notre pays et que nos entreprises suivent.

 Si en effet on place en face de chacun de ces facteurs le rang de la France dans le monde, le décalage  va aller croissant, montrant ainsi que si les moyens sont nécessaires, ils ne sont malheureusement pas suffisants pour atteindre des résultats correspondant à ces moyens. Trop de décorrélation entre ces différents facteurs peut alors faire qu’un niveau  annule partiellement ou totalement les facteurs des niveaux précédents.

 Si les dépenses de R&D nous placent en 6ième rang mondial (les moyens de R&D) ou en 10ième rang (investissement dans les TIC), dès lors qu’il s’agit de traduire ces facteurs en termes de résultats on franchit le cap de la 20ième position bien souvent (WEF, IMD, BSA pour la compétitivité, GII-INSEAD pour l’innovation, PISA pour l’enseignement, ARWU et QS pour les universités). Deux termes cependant sont à mettre en évidence : la part privée des dépenses de R&D et ce qui semble aller de pair, les investissements productifs, deux formes d’investissement (entrant d’ailleurs dans le facteur RQ précédent) où la moyenne dans notre pays est plutôt en deçà (voir largement en deçà) de celle de nos voisins, peut-être sous la contrainte des marges de nos entreprises, plus faible que celles de nos voisins et néanmoins concurrents. Si on ajoute à cela nos capacités intrinsèques pour l’export, nous ne sommes pas prêts pour recoller au peloton.

Images & Réseaux, un amplificateur ?

Dans ces conditions comment peut-on essayer de faire en sorte qu’Images & Réseaux soit un amplificateur[3] sur son territoire et pour les secteurs qui seront les siens ?

L’analyse des différents paramètres montre trois facteurs d’amplification :

  • jouer sur la dynamique du territoire en renforçant les effets d’amplification ou d’accélération, c'est-à-dire en co-construisant avec le territoire tous les outillages nécessaires à ces facteurs (plateformes de production, de validation, plateforme créatives, quartiers numériques, ...) en accumulant, concentrant, focalisant les efforts sur quelques objectifs dans une démarche d’optimisation (alignement stratégique).
  • mettre les DAS (Domaines d’Action Stratégiques) d’Images & Réseaux en relation étroite avec les domaines d’excellence du territoire (PQR, Industries Créatives et Culturelles, Grandes Ecoles en réseaux, patrimoines – historique, maritime, monument, mobilier, ...-, confluence TIC et Audiovisuel, Open Data, Internet des Objets & Cloud, identité & solidarité, « Connected Car », ...). Là où coexisteront deux domaines d’excellence (technologies et applications) et où convergeront les capacités d’intégration tout au long de la chaîne de la valeur, les résultats seront meilleurs et plus rapidement atteints (excellence territoriale). Ce qui signifie que la compétence prime hors toute contrainte géographique.
  • profiter de l’acquis de croissance du territoire en le renforçant. Avec 10,2% des emplois de la France métropolitaine dans le secteur des TIC (dont 6,3% pour la Bretagne), le territoire d'Images & Réseaux produit 14,4% du PIB dans le secteur des TIC (dont 8,8% pour la Bretagne). Ce chiffre est à comparer avec celui de 9,0% du PIB (tous secteurs confondus) et de la population (10,5%). Confirmant ainsi que le secteur des TIC est plus générateur de valeurs que d'emplois et que le territoire du pôle crée plus d'emplois (et donc de valeur) que la moyenne française.

Or cette dynamique est récente, tant en Bretagne (+25% par rapport à 2005, première année de référence d’Images & Réseaux) qu’en Pays de la Loire où la montée en charge des industries du logiciel est tout aussi récente.

Cette dynamique doit être conservée, amplifiée.

En mettant en convergence les technologies de communication, les technologies logicielles, les technologies de l’audiovisuel, au service de l’économie numérique puis de la société numérique, on permet à chacun des secteurs de bénéficier de l’apport des autres  (synergies innovantes) et par conséquent de favoriser la part des interactions entre ces secteurs.




[1] Le début de présence de Huawei et de ZTE, voire même de Samsung dans les TIC remonte au début des années 2000 (éclatement de la bulle « Internet »), au moment où Nortel, Motorola, Lucent, Alcatel, ... et bien d’autres industriels des TIC réduisaient leurs investissements.

[3] Amplificateur : pour aller plus vite, pour se développer plus rapidement, pour avoir une croissance plus forte.

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