Parole d'expert : l'hopital numerique, une opportunite

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Pour cette parole d'expert sur l'hôpital numérique, Sébastien Marché, directeur des opérations stratégiques d'Orange Healthcare, la division santé du groupe Orange. À ce titre, il participe à la définition des produits et services proposés par Orange et déployés dans une trentaine de pays à travers le monde. Au cours de cet entretien, il dessine les contours d'un hôpital numérique plein de promesses en terme de marché et de retombées positives pour la santé.

Pour commencer, qu'est-ce c'est que l'hôpital numérique ?

Sébastien Marché. L'hôpital est déjà numérique. Ce n'est plus un projet, c'est une réalité. Ce qui est en train de se passer, c'est la transformation des usages autour du numérique. Tous les acteurs de la santé sont informatisés, depuis l'hôpital jusqu'au médecin de ville, de même qu'une grande partie des patients. La plupart des professionnels de santé sont également mobiles. Que leur équipement soit personnel ou fourni par la structure, peu importe, ils sont de fait mobiles. Reste les usages que l'on en fait, et ceux-ci arrivent progressivement.

Qu'est-ce que le numérique introduit comme nouveaux enjeux ?

SM. Les enjeux sont tellement nombreux qu'il est difficile de choisir. Je propose de donner trois exemples.

Il existe clairement un enjeu très fort autour de la donnée de santé. Aujourd'hui, quel que soit l'acte médical, on produit de la donnée : une radiographie, un examen sanguin et même les notes que rédige le médecin. Tout cela crée de l'information qu'il faut pouvoir transporter, sécuriser, archiver, et puis rechercher et traiter. Par exemple l'imagerie d'un poumon, qui évolue avec le temps, est une source d'information précieuse dont on peut avoir besoin en urgence pour diagnostiquer et prendre une décision.

La collaboration est un autre enjeu. Le temps où l'on décidait seul est bientôt fini. De plus en plus, les professionnels de santé seront en interaction. C'est une équipe qui prendra une décision collective avec une connaissance globale du patient et de son histoire.

Et en dehors de l'aspect strictement médical, le quotidien du patient à l'hôpital doit également être pris en compte. Tout ce qui augmente son confort est positif et accroit ses chances de guérison. Par exemple, si le patient peut retrouver à l'hôpital l'environnement numérique dont il profite à la maison, sa VoD, son Triple Play, ça ne peut-être que bénéfique.

Si on se projette dans 10 ans, qu'est-ce qui aura changé ?

SM. Faisons l'exercice inverse et regardons en arrière dans un autre domaine, celui de la banque. Il y a quelques années, toutes les opérations se faisaient au guichet. Et aujourd'hui ? Tout est dématérialisé et accessible à distance : consultation des comptes, commande d'un chéquier, virement, etc. Ce qui permet au banquier de se concentrer sur son métier : les placements, les emprunts…

C'est vraisemblablement ce qui va se passer à l'hôpital. Les professionnels de santé pourront se concentrer sur leurs métiers, l'accueil des patients et le soin, l'administratif et l'accès aux données du patient étant accélérés et simplifiés.

L'hôpital numérique sera beaucoup plus ouvert que l'hôpital d'hier. Il sera un chaînon de l'offre de soin, en continuité avec les autres chaînons comme le médecin de ville. Celui-ci pourra directement prendre un rendez-vous pour le patient à l'hôpital et il aura un compte rendu en temps réel de l'examen réalisé. C'est ce qu'on appelle la santé connectée, avec notamment l’utilisation grandissante de tous les dispositifs communicants pour suivre la santé du patient y compris jusque chez lui.

C'est une révolution dans les usages ?

SM. Exactement. Il s'agit moins d'une révolution technologique que d'une modification profonde des pratiques et des protocoles de prise en charge des patients. C'est une transformation dans l'usage et dans la façon d'interagir les uns avec les autres. Un changement dans l'organisation et les mentalités, qui nécessite du temps.

C'est aussi un levier de développement pour les entreprises ?

SM. Bien-sûr. Même si, en France, l'écosystème numérique autour de la santé souffre d'un problème d'émiettement. Je cite souvent le rapport RELIMS qui est un référencement des éditeurs de logiciels et intégrateurs du marché de la santé. Il recense 211 sociétés sur le territoire national, dont le nombre médian d'employés est 15 et dont le nombre médian de logiciels proposés est 1. Ça me paraît très difficile pour une petite structure de se développer quand on connaît les contraintes réglementaires qui s'appliquent au secteur de la santé, d'autant qu'elles changent d'un pays à l'autre.

L'hôpital numérique est une opportunité, avec quelques belles success stories comme notre offre Connected Hospital que l'on a su largement exporter à travers le monde. Aujourd'hui, les acteurs de l'hôpital accélèrent leur numérisation, et ils embarquent dans leur sillage l'écosystème numérique. Tout ceci crée un cercle vertueux dont les entreprises doivent profiter pour s'organiser et se développer.

Identifiez-vous un axe de R&D qui reste à explorer ?

SM. Tout ce qui tourne autour de l'exploitation des données de santé est clairement une piste à creuser. Le volume de ces données est énorme. Il le sera de plus en plus et il y a matière à analyser. C'est ce qu'on appelle le Big Data. Pour moi c'est un axe nouveau qui peut déboucher sur une foule d'applications

Pour aller plus loin

Participez à la journée Hôpital numérique, le 26 mars, campus de Beaulieu à Rennes. Sébastien Marché sera l'un des participants à la première table ronde.

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