Plus de femmes dans le numerique !

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La sous représentation des femmes dans le numérique est criante, à peine un quart des effectifs selon une étude du Cigref publiée en 2013. Viviane Chaine-Ribeiro est de celles qui prennent le problème à bras le corps. La dirigeante de Talentia Software, société éditrice de solutions de gestion d'entreprise, est coprésidente de "Femmes du Numérique", une commission créée par Syntec Numérique pour féminiser le secteur. Entretien.

L’équipe type d’une startup du numérique ne comprend quasiment pas de femmes, pourquoi ?

Viviane Chaine-Ribeiro : Vous avez certainement des exemples masculins en tête. De mon côté, j’ai aussi de nombreux exemples féminins de startups. Je dirais au contraire que le numérique offre une fantastique opportunité pour les femmes qui souhaitent se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, et beaucoup d’entre elles franchissent le pas.

En même temps, il est vrai qu’on ne compte dans les écoles d’ingénieurs en France qu’entre 10 à 20% de femmes alors que 46% des bacheliers en sciences (bac S) sont des bachelières. Cette différence se retrouve inévitablement au sein des entreprises du numérique.

Cette absence de femmes est-elle spécifique à la France ?

VCR : Ce n’est malheureusement pas une spécificité française, puisqu’on retrouve ces mêmes pourcentages dans les pays anglo-saxons. À de rares exceptions près, comme en témoigne l’article paru le 21 février 2014 dans TechCrunch qui confirme ces chiffres, tout en soulignant que pour la première fois, le nombre de femmes inscrites au cours d’introduction aux sciences de l’informatique dépasse celui des hommes à l'université de Berkeley. Peut-être un signe encourageant.

Selon vous, est-ce un handicap en termes économiques et d’innovation ?

VCR : C’est clairement un handicap car la moitié des consommateurs ou utilisateurs sont des femmes. Or il est clair qu’un produit conçu par des hommes ne répondra jamais totalement aux besoins et au mode de pensée féminins. La différence est une richesse, elle est aussi une grande source d’innovation et de créativité.

Les chefs d’entreprise sont-ils sensibles à la question ?

VCR : Oui, de même que les directeurs d'école. Au-delà de l’obligation de parité imposée par le gouvernement aux entreprises, le secteur du numérique se féminise par réelle prise de conscience des enjeux. À l'exemple de Microsoft qui féminise son équipe de management (voir Journal du Net). Le même phénomène touche aussi des secteurs industriels tels que l’automobile et Renault par exemple sous l’impulsion de Mouna Sepehri, directrice déléguée à la présidence.

Quant aux directeurs des écoles d’ingénieurs, ils sont tout à fait convaincus du bien-fondé de la parité de genre au sein de leurs établissements. À la fois par leurs propres expériences - ils reconnaissent tous que les filles sont d’excellentes chefs de projets IT - et par les actions de "Femmes du Numérique" et "Pasc@line", association dont je suis la vice-présidente qui a pour objectif la coopération efficace des établissements d’enseignement supérieur et des professionnels des STIC.

Concrètement, comment intéresser les femmes aux métiers du numérique ?

VCR : Au sein de Femmes du Numérique, nous nous attachons à sensibiliser les jeunes filles sur le fait qu’il n’y a pas que du codage dans les nouvelles technologies et que les métiers y sont divers et variés. Certes, savoir coder représente un plus certain, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle son apprentissage se développe dans l’enseignement supérieur, mais le savoir-être a aussi son importance, l’interaction avec des interlocuteurs variés, la coordination de projets, le management d’équipes, etc.

Pouvez-vous donner des exemples ?

VCR : Notre combat au sein de Femmes du Numérique est de rendre le secteur IT attractif chez les femmes et de leur présenter des rôles modèles auxquelles elles peuvent s’identifier.

Pour cela, notre action se fonde sur quatre piliers :

  • La Route des Femmes du Numérique qui consiste à aller dans les lycées partout en France pour sensibiliser les jeunes et les filles en particulier sur la diversité des métiers du numérique. Depuis le début de notre action, ce sont plus de 3000 jeunes qui ont été rencontrés.
  • Un guide à destination des jeunes filles intitulé « Les filles, une opportunité pour le numérique. Le numérique, une opportunité pour les filles ». Ce guide montre comment le numérique s’inscrit dans la vie quotidienne, il expose la diversité des métiers du numérique et explique en quoi certains stéréotypes doivent être brisés.
  • Dans le même esprit, à travers des interviews et témoignages, nous mettons en valeur des rôles modèles. Ce sont des femmes dont la réussite et l’épanouissement est l’illustration la plus concrète et la plus convaincante de l’attractivité du secteur pour les femmes.
  • Nous sommes aussi partenaires de deux initiatives majeures : La Nuit de l’Info avec un défi intitulé "Numérique et Mixité" et le prix Excellencia qui vise à récompenser des jeunes femmes dans trois catégories : Créatrice d’entreprise numérique, Étudiante en école d’ingénieurs et Ingénieure investie dans une mission associative ou humanitaire.

Comme vous le voyez, nous avons beaucoup d’initiatives en cours. Et puis, j’ai reçu dans mon entreprise Talentia Software le 27 août dernier, trois ministres : Najat Vallaud-Belkacem, Geneviève Fioraso, et Fleur Pellerin*. Et je peux vous assurer qu’elles sont toutes très convaincues et actives pour favoriser la mixité à la fois dans les écoles et dans les entreprises. D’ailleurs, lors de la conférence de presse du Forum de la Mixité qui a eu lieu le 13 décembre 2013, le Ministère des Droits de la Femmes a annoncé que 2014 serait pour le gouvernement l’Année de la Mixité.

(*) Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, porte-parole du gouvernement ; Genevière Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ; Fleur Pellerin, ministre déléguée auprès du ministre du redressement productif, chargée des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'économie numérique.

Pour aller plus loin, à suivre bientôt un témoignage de Sophie Deniel, dirigeante de la startup finistérienne bookBeo.

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