Tres haut debit et usages, l'essentiel de l'After #11

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Le très haut débit, on y va. En 2022, 100% des foyers français devraient y avoir accès. C'est l'ambition affichée par l'État et par le Plan France Très Haut débit mis en place pour accompagner ce déploiement. Pour en parler, le plateau de l'After du 17 avril réunissait deux points de vue affutés sur la question : l'expertise technique de Bertrand Vandeputte, de la Mission THD, et l'œil politique, très sensible aux usages, de Claudy Lebreton, président du Conseil général des Côtes d'Armor.

Cadre symbolique pour l'After "Le très haut débit et ses usages", puisqu'il se tenait au pôle Phoenix de Pleumeur-Bodou, haut lieu de l'histoire des télécommunications. L'événement réunissait un parterre de membres d'Images & Réseaux et de l'écosystème qui avaient participé un peu plus tôt à l'Assemblée Générale du pôle et aux ateliers qui suivaient.

Pour introduire le thème du jour et les intervenants, Julien Uguet, journaliste du Journal des Entreprises et animateur des débats, note que la Mission THD représentée par Bertrand Vandeputte représente 20 milliards d'euros d'investissement global et 20 000 emplois directs. Puis il rappelle que Claudy Lebreton est également président de l'Assemblée des Départements de France et à ce titre l'auteur du rapport "Les territoires numériques de la France de demain" visant à une meilleure appropriation du numérique et remis en septembre 2013 au gouvernement.

Julien Uguet avec les deux intervenants : Claudy Lebreton et Bertrand Vandeputte

Réseaux et usages : "il faut les deux"

Premier à intervenir, Bertrand Vandeputte dessine les grandes lignes du Plan France Très Haut Débit. Ce plan prévoit que l'initiative privée assure par elle-même la couverture de 55% des foyers. Le reste de la couverture, 45% de la population "mais l'essentiel du territoire", sera à l'initiative des collectivités territoriales. La mission THD intervient en soutien "pour apporter de la fluidité". L'investissement sera partagé entre les collectivités territoriales, 3,3 millards d'euros, l'État pour un montant équivalent, et un cofinancement privé à hauteur de l'ensemble de l'effort public.

Claudy Lebreton commence, lui, par mettre en avant les difficultés spécifiques des élus territoriaux. Parmi leurs missions d'aménagement, ils doivent traiter du numérique alors que sur ce sujet "ils sont complètement largués". Il prévient : "La formation des élus est un vrai enjeu". Puis il plaide pour "un adjoint au numérique" dans chaque collectivité car "on ne peut plus parler de politique d'économie, d'emploi ou autre, si on n'a pas à l'esprit la société numérique en devenir."

Interrogé sur les usages, il avoue être réticent aux "plans unijambistes". Pour lui, réseaux et usages : "il faut les deux". La collectivité territoriale a pour rôle de créer les conditions favorables et soutenir les initiatives dans les domaines de l'éducation, de la santé, des personnes âgées, etc. Il invite d'ailleurs les projets de recherche à solliciter les collectivités pour des expérimentations : "c'est une forme de soutien autre que la subvention".

Vers de nouvelles pratiques ?

Sur les usages spécifiques au très haut débit, Bertrand Vandeputte note quelques tendances. À commencer par le changement de statut de l'internaute qui de consommateur devient producteur de contenu, résumé par cette formule : "Avant, il surfait, maintenant, c'est lui qui crée les vagues." Avec plus de débit montant, la THD permettra davantage de symétrie dans les échanges.

L'autre tendance c'est le passage d'une consommation de divertissement à une logique de services liés à l'éducation, au maintien à domicile, aux objets connectés… Et donc l'exigence d'une qualité de service sur l'ensemble du territoire. Le point faible, c'est la partie terminale du réseau "entre le boitier et la maison" qui, s'il n'est pas THD, sera "un frein à l'adoption".

Claudy Lebreton pointe lui un autre frein : les réticences qu'il faut vaincre pour modifier les habitudes. Il prend l'exemple de l'organisation de sa propre administration et avoue avoir "mis 10 ans" pour faire accepter le télétravail, "même auprès des syndicats". Puis il va plus loin en affirmant être favorable au travail selon le rythme biologique de chacun. "Celui qui est plus heureux, est aussi plus performant dans son travail. Ce qui vaut pour les entreprises vaut pour le secteur public. Il faut que l'on soit dans l'innovation, travaillons ensemble sur ces sujets là !"

Est-ce le bon moment pour investir dans le THD ?

Selon Claudy Lebreton, il faut investir maintenant car le très haut débit est "un enjeu de mobilité" et un argument pour l'implantation des entreprises qui sinon risquent de dire "je ne reste pas chez vous." Il prend aussi en exemple son département où il n'y a pas d'université, mais avec le numérique "ça change la donne". Il se dit d'ailleurs prêt à soutenir toute initiative à condition qu'il y ait "des femmes et des hommes pour monter des projets".

Bertrand Vandeputte ne peut qu'appuyer d'autant que "la machine est lancée" et que les dossiers déjà présentés représentent deux tiers du territoire. Il rappelle que le Plan France Très Haut Débit a recueilli un large consensus au moment de son lancement.

Présent parmi le public, Hervé Le Norcy, interviendra pour préciser les singularités de la Bretagne. Il indique que c'est le syndicat mixte e-mégalis Bretagne, dont il est le directeur général, qui est chargé de piloter le dossier Très Haut Débit dans la région. Le syndicat mixte regroupe une centaine de structures dont le conseil régional, les quatre conseils généraux et une large majorité des communautés d'agglomération et communautés de communes de Bretagne.

L'usager au centre

Les échanges avec la salle montreront la diversité des préoccupations liées au Très Haut Débit. Avec d'abord le numérique qui permet de "toucher le monde entier" et serait "une rupture de raisonnement", avec "une législation du travail" qui est "un obstacle" à certains usages y compris au sein de grands groupes, avec aussi un questionnement sur les dépenses d'exploitation et le retour sur investissement. Et puis le témoignage d'une PME qui propose des solutions haut débit alternatives pour les entreprises et se pose des questions sur l'avenir de son activité.

Sur ce dernier point, Bertrand Vandeputte précise que le plan THD n'est pas un plan "tout fibre", que le volet inclusion numérique prévoit un soutien aux solutions alternatives là où la fibre n'est pas pertinente, et que c'est à la collectivité porteuse de le prévoir dans son schéma directeur territorial d'aménagement numérique.

Claudy Lebreton reprend la balle au bond en lançant au dirigeant de la PME : "Venez nous voir, on va s'occuper de vous." Puis il conclut par quelques réflexions sur l'usager qui doit être dès le départ au centre du projet dans une démarche de "démocratie interactive", sur la prise de risque de l'élu dès lors qu'il réalise des projets, et sur le temps de la politique qu'il concède être "trop long" par rapport "aux temps de l'entreprise et de la recherche."

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