La ville intelligente, un espace a co-construire

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Le sujet est on ne peu plus transversal. Transports, logement, énergie, gestion des déchets, aussi bien que culture, ou loisirs…, l'intelligence numérique est promise à se glisser dans toutes les dimensions de la vie citadine. La conférence du 12 juin co-organisée à Nantes par Atlanpole, le Quartier de la création et Images & Réseaux sur le thème de la ville intelligente illustrait parfaitement cette transversalité par la variété des thèmes abordés comme la diversité des acteurs présents. Extraits de la conférence que vous pouvez également revivre en vidéo.

La question ne se pose même pas, la ville de demain sera nécessairement intelligente. Pour toute une série de raisons : démographie, concentration des populations, raréfaction des ressources, mutualisation des services… Les technologies "smart" qui arrivent progressivement à maturité sont les briques qui permettront de la construire.

Mais selon quel modèle ? Les intervenants qui introduisaient la journée ont, chacun à leur manière, posé la question. Dans l'idéal, la ville intelligente sera "ville inspirante" pour Francky Trichet, maître de conférences et vice-président numérique de l'Université de Nantes, "ville plus humaine" pour Vincent Marcatté, président d'Images & Réseaux, "ville aimable et plaisante" pour Jean-Luc-Charles, directeur de la Samoa, Société d'aménagement de la métropole Ouest Atlantique.

Toutes qualités qui ne s'inventent pas entre les murs d'un laboratoire de recherche, mais dans un effort de co-construction. Bernard Le Falher, d'Atlanpole, se félicite d'ailleurs de la diversité des profils de l'assistance : aménageurs, architectes, chercheurs, designers, industriels et dirigeants de startups… La conférence réunissait 110 personnes dans la tour CCO de Nantes et elle était relayée en visioconférence à Rennes, Lannion, Angers et Brest.

En milliers de milliards

Jean-Claude Fraval, d'Advantage, lançait les présentations par quelques chiffres démontrant l'ampleur du marché qui s'ouvre à travers les "territoires intelligents". Si les technologies numériques représentent une part de 5% du PIB, leurs effets à l'échelle de l'économie numérique puis sur la société numérique se démultiplient pour atteindre 60% du PIB. L'impact global est évalué à 1500 milliards de dollars à horizon 2020 (Frost & Sullivan). Mais rien de vraiment concret avant 5 ou 10 ans et l'arrivée à maturité des "systèmes de systèmes".

Les systèmes en question reposent nécessairement sur une infrastructure de communication. Selon François Richard, d'Orange Business Services, la "smart city" a pris pour l'opérateur télécom une dimension stratégique. Mais si "la technologie est là", il faudra "une volonté politique" et "co-construire avec les villes" en mettant les acteurs de tous bords – industriels, académiques et municipalités – autour d'une même table. Du point de vue technique, il s'agit de créer "un réseau socle d'objets communicants" capable d'écouler un flux massif de données. Cinq secteurs sont prioritaires pour Orange : les transports publics, la voiture connectée, l'énergie avec les smart grids, le bâtiment intelligent et les services urbains innovants.

Penser la ville différemment

Christophe Papin, de Siradel, présentait un exemple d'étude destinée à requalifier le centre d'une ville, celui de Santiago du Chili. Le projet, financé par le ministère du Commerce extérieur, est destiné à promouvoir le savoir-faire français dans le domaine de la ville durable. Il est porté par un consortium emmené par Artelia et Veolia, dans lequel Siradel apporte son expertise de la modélisation 3D. Il s'agit de développer un simulateur 3D du centre de la capitale chilienne qui servira d'outil d'aide à la décision et à la communication. Là aussi, l'accent est mis sur "la co-construction avec les différents acteurs" et "un processus de conception itératif" qui prennent en compte les problèmes spécifiques de la ville comme la pollution atmosphérique et la discrimination sociale. La 3D permettra de donner une nouvelle représentation du centre de Santiago et, au final, de "penser la ville différemment".

La modélisation 3D était également au cœur de la présentation de la plateforme 3DExperiencity, par Guillaume Lenoel, de Dassault Systèmes. L'objectif de cette plateforme : anticiper les impacts des décisions par l'utilisation de scénarios prédictifs dans des univers virtuels, autrement dit, "voir la ville telle qu'elle sera dans 10 ou 20 ans". La 3D est le socle de la modélisation dans lequel chaque bâtiment, chaque arbre est référencé. Sur cette base viennent s'ajouter des couches de données spécifiques et des applicatifs métiers. Par exemple, une étude sur le bruit pourra être visualisée en 3D à l'aide d'un simple navigateur, en vue d'un usage collaboratif ou de partage citoyen de l'information.

L'expérience transmédia

Changement de perspective avec cette fois la ville vue sous l'angle des loisirs culturels intelligents. Vincent Roirand de Mazédia et Ronan German, un doctorant Mazédia/CELSA, donnaient leur vision d'une "démarche transmédia". Aujourd'hui, chaque média est conçu comme une entité fermée : "lorsqu'on sort d'un musée, la visite est terminée". Demain, le musée pourra "déborder sur la ville" et interagir avec d'autres supports. Il s'agira alors de "mettre en récit un territoire" et de faire en sorte que les visiteurs "organisent eux-mêmes leur parcours". Toutefois, un obstacle : il n'existe pour l'instant pas de normes qui permettent d'organiser aisément "l'interopérabilité entre les différents médias".

Le témoignage suivant portait sur "les ambiance urbaines". Myriam Servières, du Centre de recherche méthodologique d'architecture (CERMA), présentait une expérience menée en novembre 2013 intitulée Mobiance. L'atelier était destiné à faire émerger des usages inédits des outils mobiles, en lien avec les ambiances urbaines, qui pourraient "modifier les pratiques de design urbain". Quatre groupes d'étudiants issus de différentes disciplines ont ainsi produit quatre propositions très originales à découvrir sur www.ambiances.net/mobiance. Un exemple : l'application Makers est un jeu en réalité augmentée où, grâce à des points d'influence, l'utilisateur devient un acteur de l'urbanisme de sa ville.

Énergie et climat

Suivaient plusieurs retours d'expérience avec d'abord la question de l'énergie et le projet Kergrid présenté par Thierry Djahel, de Schneider Electric. Il s'agit d'une expérimentation, à l'échelle d'un bâtiment tertiaire installé dans le Morbihan, du fonctionnement d'un réseau électrique intelligent intégrant production locale et stockage d'énergie. L'objectif est de tester l'autoconsommation, c'est-à-dire l'énergie que l'on produit et consomme soi-même avec le minimum de recours au réseau. "Un vrai sujet" qui répond de façon optimale au "problème de l'effacement". En lissant la consommation électrique, on évite les pics de charge et l'installation de nouveaux moyens de production. De nouvelles politiques tarifaires destinée à encourager l'effacement de consommation devraient même, à terme, permettre de se voir rembourser l'énergie qu'on ne consomme pas aux moments les plus chargés.

Autre thème : la climatologie urbaine. Cyril Bonnefoy, de TerraClima, rendait compte d'une expérimentation d'un réseau dense de stations météorologiques en agglomération. L'intérêt ? Il existe des disparités considérables entre les différentes zones d'une même ville. Dans certaines conditions, il a été mesuré la nuit jusqu'à près de 10 degrés d'écart entre certains quartiers de Rennes et la campagne environnante. On parle alors "d'îlots de chaleur". Ce sont des quartiers, exempts de toute végétation et à haute densité de bâti, qui s'avèrent très inconfortables en périodes de canicule. Une question dont la ville intelligente devra se saisir avec les changements climatiques qui s'annoncent.

La mobilité sera multimodale

Jean-Marie Frèche, de Lumiplan, présentait l'approche d'une PME de la ville intelligente sur le thème des transports urbains. Il fait d'abord le constat d'un modèle actuel de transports en commun mono-organisationnel et cloisonné alors qu'il faudra penser le transport comme un système "ouvert et multimodal". Demain, les transports intelligents profiteront d'informations collectées en abondance qui permettront une régulation opérée "en temps réel". Un exemple : la requête d'un usager qui veut aller d'un point A à un point B deviendra elle-même une donnée qui pourra influencer la régulation des transports. Conséquences immédiates : des besoins accrus en R&D et la nécessité d'une standardisation des systèmes pour une meilleure interopérabilité.

La matinée s'est conclue sur cette question de l'interopérabilité qui est apparue de façon récurrente au fil des présentations aux côtés d'autres mots-clés comme pluridisciplinarité ou co-développement. Elle était prolongée, l'après midi par des ateliers créatifs destinés à faire émerger des projets collaboratifs et clôturée par une conférence : « Ville de demain : des opportunités économiques » avec Bertrand Matyjasik, (Egis), Président du CoS EcoVille d'Advancity, l'animation étant assurée par Virginie de Kerautem de l'Atelier BNP Paribas. Retrouver la vidéo enrichie de l'AFTER sur la web TV du pôle. 

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