Lu Pour Vous : special After#6 : Le citoyen numerique de demain : sommes-nous hyperconnecte ?

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Le 4 juillet prochain à Nantes se tiendra l'After numéro 6 d'images & Réseaux (entrée gratuite sur inscription) en compagnie de notre invité Christophe Ginisty et notre partenaire l'atelier BNP Paribas . C'est donc l'occasion pour le Lu Pour Vous d'en explorer les thématiques : le citoyen numérique et l'hyperconnexion.

Certains comme Michel Serres voient dans la crise que nous traversons un changement de monde. La réponse à cette crise passe pour le scientifique Joël de Rosnay dans une tribune dans le Monde par l’invention d’une cyberdémocratie dont le citoyen connecté serait une partie de la réponse : « Le pouvoir pyramidal doit laisser place à des organisations plus transversales. […] sur le plan sociétal et politique, l'émergence de l'intelligence collaborative offre l'opportunité d'équilibrer la société plus efficacement ». La cyberdémocratie pourrait être le nouveau langage entre le citoyen et l’Etat et le numérique auraient alors le rôle de contre-pouvoir dans cette nouvelle relation. À l’heure où les jeunes connectés se rebellent un peu partout dans le monde que ce soit contre des dictatures ou des démocraties (le printemps arabe au Maghreb, le printemps érable au Canada ou les récentes émeutes en Turquie) « les politiques doivent accompagner ces mutations […] Les périodes de crise facilitent l’acceptation sociétale des grandes réformes […] et si les Français étaient prêts à changer ? »

Peut-on encore vivre déconnecté, c’est une préoccupation qui revient régulièrement et on lit souvent ici ou là des retours d’expérience sur les bienfaits de la vie déconnectée. Mais le journaliste américain Paul Miller a une opinion différente sur le sujet. Persuadé qu’Internet le rendait moins productif, manquait de sens et corrompait son âme, il s’est lancé pour défi de se couper du réseau pendant un an. Il détaille son expérience sur le site américain The Verge et commence son récit par un constat sans appel : « j’ai eu tort ».

Les premiers mois furent épanouissants : une carte en papier à la place de Google Map, une boite aux lettres à la place de ses e-mails, il écrit un livre, voit ses amis et fait du vélo. Certes, "je m'ennuyais un peu, et me sentais un peu seul", dit-il, mais il savoure de faire enfin "les choses qui [lui] importent vraiment". Mais Difficile pour quelqu’un issu de la génération Y qui a vécu la majeure partie de sa vie connectée de tout quitter et les particularités de la vie déconnectée se transformèrent petit à petit en contrainte et la volonté de les surmonter le quitta, il troqua son vélo pour une télécommande et ne sors plus de chez lui. Il découvre alors qu’ "une douzaine de lettres par semaine peuvent se révéler aussi oppressantes qu'une centaine d'e-mails par jour". Il dit avoir réalisé qu’en se déconnectant d’Internet, c’est sa connexion aux autres qu’il avait perdu.

Si une partie de la génération Y a vécu et grandit sans internet ce n’est pas le cas de la génération qui suit, celle que l’on appelle parfois la génération Z. Si pour eux internet et les nouvelles technologies sont d’une évidence déconcertante, qu’en est-il de ceux qui n’ont pas accès à internet ? Une étude datant de janvier dernier de la British Educational Communications and Technology Agency sur 300 000 enfants répond en partie à cette question. Il apparaît que les enfants n’utilisant pas internet se retrouvaient en situation de désavantage scolaire et qu’ils pouvaient même se sentir exclu vis-à-vis de leurs camarades connectés. Le Dr. Davis  explique que l’anxiété parentale à propos de ces technologies pouvait décourager les enfants à en devenir de bons utilisateurs. L’étude aborde également la relation des adolescents avec Facebook. Des entretiens ont révélé qu’une partie des ados ont rejoint le réseau social un peu par pression, car tout le monde y était déjà, se manque d’intérêt se vérifie dans les statistiques, les jeunes ados délaissant Facebook pour explorer d’autres formes de réseaux sociaux. En effet, la présence désormais de toute la famille sur le réseau rend son utilisation beaucoup moins attrayante pour les ados. Selon une enquête si Facebook est encore en tête des sondages de popularité, son score a chuté de 10% en un an.

Nous passerons certainement le reste de notre vie connecté à internet d’une façon ou d’une autre. Une identité numérique se superpose désormais à notre identité « physique ». Et une partie conséquente de cette identité numérique est liée à des entreprises et services comme Facebook et Google qui sont encore loin d’être irréprochable sur les questions de respect de la vie privée et de sécurité des données. Si la France milite pour le droit à l’oubli, les choses semblent être différentes de l’autre côté de l’Atlantique. Eric Schmidt actuel directeur exécutif de Google qui avait déjà déclaré en 2009 « Si vous faites quelque chose et que vous ne voulez que personne ne le sache, peut-être devriez-vous déjà commencer par ne pas le faire » a récidivé il y a moins d’un mois en prévenant que les erreurs des ados les suivront en ligne toute leur vie, et qu’il ne sera plus possible de grandir sans que l’on rappelle aux adolescents leurs erreurs de jeunesse. Il prédit l’arrivée d’une solution bien surprenante à cela : « chaque jeune individu aura le droit un jour de changer automatiquement son nom lorsqu'il aura atteint l'âge adulte, afin de pouvoir renier les trop bons moments enregistrés sur les sites de médias sociaux de ses amis ». Cette question fait surgir le spectre d’une génération sacrifié de jeunes adultes qui vont devoir nettoyer le web de leurs erreurs de jeunesse enregistré en ligne selon Eric Barbry avocat spécialisé dans les nouvelles technologies.

Le concept d’identité numérique devient donc central car la présence en ligne participe à l’image que l’on se fait d’une personne ou d’une entreprise au point de constituer un pilier de l’économie numérique, ainsi qu’un indice de l’employabilité et des compétences des individus. Car l’hyper connexion des individus a également un impact important sur la vie des salariés et donc sur leurs entreprises comme le souligne un rapport du Centre d’Analyse Stratégique :

Mais gérer son identité numérique revient à la confier en partie à des tiers, et l’explosion des réseaux sociaux et des moteurs de recherches ont exposés le spectre de voir toute notre vie en ligne enregistrée et accessible à tous. Se pose alors  la question de la protection de ces données  car aucune entreprise n’est à l’abri d’un bug, pas même Facebook qui a récemment rendu public par erreur l’adresse mail et le numéro de téléphone de 6 millions de ses membres. Si les internautes ont aujourd’hui tendance à utiliser les services qui leurs sont offert, la question de la confiance envers ces services émerge de plus en plus dans l’opinion public car à l’heure actuelle près de 32 millions de français sont présents sur les réseaux sociaux selon médiamétrie.

Rendez-vous le 4 Juillet à Nantes pour l'After#6 avec notre invité Christophe Ginisty pour une réfléxion plus en profondeur sur ces vastes sujets. Les inscriptions sont ouvertes

crédit photo : TheCollectivist

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