[Parole d'expert] Philippe Herbert, investisseur en capital risque

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"Je rêverais d'une équipe solide. Avec un dirigeant, un directeur financier, un directeur commercial, un directeur produit…"

Banexi Ventures Partners, société pionnière du capital risque en France, sera le parrain du prix Compétitivité attribué lors des Trophées Loading the Future 2014. Le grand rendez-vous des projets collaboratifs Images & Réseaux se tiendra cette année à Rennes, le 15 octobre, dans le cadre d'Opportunités Digitales (s'inscrire)
Ce partenariat est l'occasion pour Philippe Herbert, qui est l'un des associés du fonds d'investissement parisien, de nous donner ses éclairages sur le capital risque. Un point de vue précieux sur les meilleures pratiques pour réussir une levée de fonds.

Pour commencer, pouvez-vous situer votre activité ?

Philippe Herbert. Banexi Ventures Partners existe depuis le début des années 80. Elle a démarré son activité au sein de BNP Paribas, dont elle est indépendante depuis 2003. Nous investissons dans trois domaines : l'appareillage médical, les nanotechnologies et capteurs, et l'Internet. Ce dernier domaine est celui dont je m'occupe avec un autre associé. Nous nous intéressons plus spécifiquement aux plateformes d'intermédiation capables de générer de gros volumes de trafic sur Internet et de monétiser les échanges induits.

Quelques chiffres pour préciser. Nous investissons entre 1 et 2,5 millions d'euros dans un premier tour de table et jusqu'à 6 millions au maximum au long des différents tours de financement. Nous ne faisons pas d'amorçage ; nous travaillons avec des sociétés qui ont une certaine maturité, avec des rentrées de 50 à 60 000 euros par mois au moment de l'investissement.

J'ajoute que tous les associés sont eux-mêmes passés par l'entreprenariat.

De la découverte du dossier à l'investissement, comment se fait la décision ?

PH. Les dossiers qui nous sont soumis viennent de trois sources. La première et la plus importante en volume, ce sont les gens qui nous les envoient d'eux-mêmes. La deuxième vient du réseau d'entrepreneurs et de partenaires que nous avons construit au fil du temps. Et la troisième source, c'est lorsque nous allons nous-mêmes démarcher l'entreprise. C'est rare, mais ça arrive.

Le premier tamis, c'est l'analyse du dossier. Est-ce qu'il rentre dans nos critères tels que je viens de les exposer : le secteur, la maturité de l'entreprise, le montant de l'investissement ? À l'issue de cette étape, il ne reste qu'1 dossier sur 10 environ.

Ensuite nous rencontrons la société : on étudie le contexte de marché, on recoupe avec un certain nombre d'informations et d'expertises. Après quelques semaines, nous faisons une offre. Au final, le ratio des affaires conclues est de l'ordre de 1% des dossiers reçus en entrée.

Quels sont les qualités auxquelles vous êtes sensible ?

PH. Le premier des critères est l'équipe. Quel est son background ? Est-elle complète ou incomplète ? Est-ce qu'une relation de confiance est en train de s'établir ou pas ?

Car c'est comme "un mariage". Nous allons inévitablement vivre ensemble des hauts et des bas, des divergences de point de vue ou d'intérêt, qu'il faudra être capable de résoudre. D'où l'importance de la confiance.

Et quels sont les manques que vous constatez le plus souvent ?

PH. Encore une fois, c'est l'équipe que je mets en avant. Je rêverais d'une équipe solide. Avec un dirigeant, un directeur financier, un directeur commercial, un directeur produit… Des gens ayant déjà de l'expérience. Depuis une quinzaine d'années, ça s'est amélioré. Les dossiers sont bien préparés mais on voit encore des équipes trop courtes.

L'international aussi est souvent trop court. Il faut qu'il soit dans les gênes de la société. Une équipe qui a des ambitions internationales mais qui n'est pas multiculturelle ou dont jamais personne n'a travaillé à l'international présente d'évidence une faiblesse.

Et qu'en est-il du produit, du service, du marché ?

PH. Nous en faisons une analyse. C'est un travail d'enquête. Il faut acquérir de la compréhension du sujet et, au final, adhérer au projet. Il ya une part d'analyse, une part d'expérience et, bien sûr, une part d'inconnu.

C'est une construction qui peut évoluer dans le temps. Prenons l'exemple de Adyoulike. Nous avons investi il y a 2 ans sur un certain modèle, qui depuis a évolué de façon majeure. Dans le même temps, la société est passée d'un CA de quelques centaines de milliers d'euros à plus de 7 millions.

C'est ce que nous cherchons : des sociétés en hypercroissance, avec de l'ambition. Je crois que je ne l'ai pas assez dit : nous cherchons de l'ambition, avec pour seul objectif de faire de belles réussites. Il y a eu pour nous quelques sorties intéressantes ces 10 dernières années, telles que Kelkoo racheté par Yahoo. Et là, au début de l'année, Tedemis, racheté par Criteo.

Dans la typologie des dossiers, avez-vous observé de nouvelles tendances ?

PH. Comme je l'ai déjà dit, les gens sont aujourd'hui mieux préparés. On voit arriver des duos, des trios, des gens qui travaillent leur sujet depuis un certain temps avec une ambition internationale. Ce qui facilite les choses.

Nous constatons aussi un rajeunissement : des gens de 25 ou 30 ans qui se sont lancés très tôt dans l'entreprenariat, avec beaucoup d'envie. Ils sont à la fois jeunes et bien préparés. Et cela, c'est très encourageant.

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