<< Revolution numerique : l'ecole doit rattraper les usages et la societe et pour cela il faut une filiere du numerique educatif forte et innovante, souveraine. >> Deborah Elalouf

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Deborah Elalouf, Présidente de l’agence Tralalere a été nommée chef de file du plan Nouvelle France industrielle « Education Numérique ». Elle répond aujourd’hui à nos questions sur les enjeux, les opportunités de la filière.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots

Deborah Elalouf : Je dirige Tralalère, une agence spécialisée dans la production de programmes numériques éducatifs. Notre mission est d’accompagner les questionnements des enfants en utilisant des ressources numériques variées. Les 25 salariés, avec nos partenaires, œuvrent au quotidien pour mettre les nouveaux médias aux services de la transmission, et des grands enjeux de société.

Pourquoi un plan Nouvelle France Industrielle Education Numérique ?

DE : L’ambition première du plan Nouvelle France Industrielle est de développer un écosystème du numérique et faire émerger en France une filière industrielle, avec des démarches pragmatiques et opérationnelles. Le numérique aujourd’hui interroge plusieurs champs de l’éducation, des contenus aux méthodes pédagogiques en passant par les cibles multiples. Avec le plan nous avons voulu étudier comment mettre un place un écosystème qui contribuera à préparer les enfants à un monde où le numérique est prépondérant. Car la révolution numérique dans notre société a eu lieu, il ne faut pas que l’école la rate. En France, nous avons un peu de retard en terme de politique publique sur ce sujet, les moyens consacrés aux ressources numériques sont faibles et les actions peu coordonnées. Il était devenu impératif d’engager la France dans des actions d’envergure pour que la France se positionne sur ce marché dont la croissance est estimée à +23 % à horizon 2017. Le plan concerne l’école primaire et secondaire (jusqu’au lycée).

Où en êtes-vous ?

DE : Après des mois de concertations nous avons présenté notre feuille de route, et recommandé des actions. Nous attendons aujourd’hui une validation formelle ainsi qu’un budget pour pouvoir mettre en œuvre les actions. Parmi lesquelles 5 grands chantiers : une politique d’équipement des élèves (de la classe mobile en primaire à l’équipement individuel au collège), le déploiement de contenus numériques innovants en masse, l’appui des actions sur des infrastructures cloud et réseaux pour garantir la souveraineté des données, le soutien financier de l’innovation et de la prise de risque, et la mise en place d’un cadre harmonieux pour la commande publique. A cela s’ajoute des actions transverses comme la définition de standards pour l’achat public, ou la formation au numérique des enseignants et professionnels.

Les actions dans l’éducation nationale sont fortement liées à la commande publique. Pouvez-vous détailler vos axes sur ce sujet ?

DE : En effet c’est pourquoi notre proposition intègre une composante d’accompagnement de la politique d’équipement. L’enjeu est de soutenir les collectivités qui le souhaitent en les accompagnants avec un cahier des charges et un cadre de référence pour une politique maîtrisée. Cela ne pourra pas se faire sans les ressources bien entendu. Pour que le changement et la révolution numérique de l’école puissent voir le jour, il faut injecter de quoi créer un marché intérieur qui stimule de nouveaux usages, stimuler les pratiques avec des investissements exceptionnels pour produire de nouvelles ressources éducatives et accélérer le développement de la filière. Il y a là un enjeu de souveraineté nationale, pour garder la maîtrise d’une culture, et préserver un modèle français réputé à l'international.

Vous parlez de transition, de changement, pourquoi ? Le terrain est-il prêt ?

DE : Qu’on se le dise, le numérique n’est pas une solution miracle, c’est un catalyseur que l’on doit utiliser pour faire évoluer les formes traditionnelles de l’éducation, pour modifier les relations enseignants – élèves, enseignants – école, enseignants-enseignants, élèves – élèves, école – parents, … et développer la créativité. Notre rôle en tant qu’acteur est de susciter et d’accompagner la transition de l’école pour passer cette étape de la société. La révolution numérique a déjà eu lieu, l’école doit rattraper la société et les usages. Et dans les expérimentations qui ont lieu un peu partout en France, on constate de belles réussites. Il faut maintenant passer à l’échelle. Cela permettra également d’offrir des débouchés aux entreprises françaises qui se positionnent sur ce marché.

Comment vous, Tralalère, vous abordez ce marché ? 

DE : On utilise les nouveaux médias comme des ressources et leviers au service de principes de pédagogie active qui place l’enfant en situation active et collaborative et que développe des postures d’éducation critique dans les manières de travailler. Et pour cela on s’appuie énormément sur les usages, sur l’évolution des comportements. Ce « laboratoire de l’expérimentation pédagogique » nous permet d’imaginer des ressources qui donnent envie d’en savoir plus en prenant en compte les contextes d’apprentissage. Nous avons pour y arriver une méthodologie unique avec un comité scientifique, garant des contenus pédagogiques, et une équipe créative. Charge au chargé de projet de faire le grand écart pour arriver à un produit qui touche à la fois l’apprenant et les médiateurs éducatifs.

Quel conseil avez-vous envie de donner aux acteurs numériques (éditeurs de solutions, équipementiers, producteurs de ressources éducatives, cloud, …) qui voudraient aborder ce marché ?

DE : Pour moi il y a 2 leviers importants : l’alliance avec des partenaires acteurs complémentaires et la compréhension de sa cible. Quand on s’adresse à l’éducation, il faut prendre en compte tous les publics : l’apprenant, l’enseignant et l’accompagnant. La compréhension de ce double public et du contexte d’apprentissage (à la maison, à l’école, seul, en groupe, …) est indispensable pour avoir un projet qui marche. La technique n’est pas une solution en soit. Il y a d’abord un usage, une démarche pédagogique. Pour adresser le marché la bonne question à se poser est « comment je transmets et quels acteurs ont des compétences complémentaires qui vous apportent de la valeur et permettent d’y arriver ? ». 

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