Zoom Avant Ndeg 30: encore un classement !

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ParJean-Claude Fraval 


L’INSEAD et le WIPO (World Intellectual Property Organization) viennent de publier la version 2012 de leur classement  mondial (Global innovation Index), classement qui, une fois de plus, place la France bien au-delà du top 10. ce classement suit de près le QS University ranking paru récemment et qui va encore dans le même sens.


Le palmarès des pays les plus innovants

L'Expansion.com - publié le 04/07/2012 à 17:34

Cette année encore la Suisse, la Suède et Singapour trustent le podium des pays les plus performants en termes d'innovation. Notre tableau des 25 premiers pays à la pointe de l'innovation.

INNOVATION - La Suisse, la Suède et Singapour sont les trois pays les plus innovants, selon le dernier classement annuel publié par l'INSEAD et l'OMPI © Y. LEMOAL/LFB

Pour la deuxième année de suite, la Suisse, la Suède et Singapour sont les trois pays les plus innovants, selon le dernier classement annuel publié par l'INSEAD et l'OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle). Les 25 meilleurs élèves.

Pays

Indice général

Rang

Sous Indice: Capacités

Rang

Sous indice: Réalisations

Rang

Suisse

68,2

1

68

4

68,5

1

Suède

64,8

2

68,8

3

60,7

2

Singapour

63,5

3

74,9

1

52

11

Finlande

61,8

4

67,5

6

56,1

5

Royaume-Uni

61,2

5

68

5

54,5

6

Pays-Bas

60,5

6

62,9

15

58,2

3

Danemark

59,9

7

67,4

8

52,5

9

Hong Kong

58,7

8

72

2

45,5

25

Irlande

58,7

9

67,4

7

49,9

14

États-Unis

57,7

10

66,3

9

49,1

16

Luxembourg

57,7

11

63

14

52,4

10

Canada

56,9

12

65,8

10

48

20

Nouvelle Zélande

56,6

13

63,4

12

49,9

15

Norvège

56,4

14

64

11

48,8

17

Allemagne

56,2

15

58,8

23

53,7

7

Malte

56,1

16

55,3

27

57

4

Israël

56

17

61,5

17

50,5

13

Islande

55,7

18

60,8

19

50,6

12

Estonie

55,3

19

57,4

24

53,3

8

Belgique

54,3

20

60,3

20

48,3

18

Corée du sud

53,9

21

61,8

16

45,9

24

Autriche

53,1

22

59,5

21

46,7

21

Australie

51,9

23

63,4

13

40,4

31

France

51,8

24

59,1

22

44,4

26

Japon

51,7

25

61,3

18

42

28

Un top 10 à peu près stable sur un an

Le palmarès des 10 premiers pays selon d'indice global a peu changé depuis l'an passé. Le Canada, passé de la 8ème place à la 12ème, est le seul pays à avoir quitté le top 10, ce qui reflète à la fois un affaiblissement des moyens à sa disposition pour l'innovation, et des principales réalisations. Les États-Unis, n°7 l'an passé et rétrogradé au 10ème rang aujourd'hui, restent des leaders en matière d'innovation. Mais le rapport souligne quelques lacunes dans l'enseignement, les ressources humaines et les aboutissements de l'innovation.

Une Europe de l'innovation à plusieurs vitesses

Dans le Vieux continent, les pays les plus innovants se trouvent en Europe du Nord et de l'Ouest. Alors que l'Europe méridionale enregistre les résultats les plus faibles, quand, au même moment, l'Europe de l'Est et les pays de la Baltique rattrapent leur retard. La France est 24e.

Des lacunes en terme d'investissement dans les BRIC

Les pays BRIC (Brésil, Fédération de Russie, Inde et Chine) n'investissent pas suffisamment dans leur capacités d'innovation. Pour ce qui concerne les résultats liés aux connaissances et à la technologie, la Chine n'est devancée que par la Suisse, la Suède, Singapour et la Finlande. Toutefois, la Chine et l'Inde présentent des faiblesses dans leur infrastructure et leur environnement en matière d'innovation.

Les pays les plus innovants

Ils sont parvenus à créer des écosystèmes de l'innovation qui favorisent les connaissances, la technologie et la créativité. Ce sont des pays à revenus élevés tels que la Suisse, les pays nordiques, Singapour, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, ou encore Hong Kong.

Les apprentis de l'innovation

Ce sont des pays à revenus moyens ou faibles en progrès. Ils ont enregistré des performances en hausse grâce aux améliorations apportées à leur cadre institutionnel, à leur main d'oeuvre qualifiée, à une infrastructure de meilleure qualité, à une intégration plus marquée au sein des marchés financiers mondiaux et à un environnement commercial moderne. Ces apprentis dans le domaine de l'innovation sont d'abord des pays à revenus moyens, comme la Lettonie, la Malaisie, la Chine, le Monténégro, ou la Serbie. Et parmi les pays à faibles revenus figurent le Kenya et le Zimbabwe.

Les mauvais élèves de l'innovation

Leur système d'innovation présente des faiblesses. Ce sont notamment l'Égypte, le Venezuela, ou l'Algérie.

Méthodologie

Pour bâtir son indice global de l'innovation qui sert de base à la hiérarchie des 141 pays passés en revue, cette étude combine les capacités d'innovation des pays et les résultats obtenus. Le sous indice des capacités tient compte des institutions, du capital humain et de la recherche, de l'infrastructure, de la sophistication des marchés et du perfectionnement des entreprises. Celui des réalisations s'appuie sur les aboutissements en matière de connaissances et de technologie et les résultats créatifs.

Consultez l'étude complète: The Global Innovation Index 2012 

Comme d’habitude notre pays ne sort pas glorieux de ce classement international où il atteint la 22ième  place en capacité, la 26ième en réalisation pour se retrouver en 24 position au classement général.

Rappelons que le montant des budgets de R&D place la France 14ième  position mondiale en termes de GERD (Gross Expenditure on R&D) exprimé en % du PIB 2009 et en 6ième position mondiale en volume, ainsi que le montre les chiffres 2010 (source : The Royal Society):

Le premier constat est bien cette dissymétrie entre les moyens (les dépenses de R&D) et les résultats (index de l’innovation).

Un examen plus précis de la fiche « France » creuse encore plus l’écart. Si l’index « Innovation Output » nous place en 26ième position, l’index « Innovation Input » en 22ième position, l’index « Innovation efficiency » nous place en 64ième position. C’est donc bien là que se joue le match.

En regardant encore de plus près les différents critères qui pèsent sur notre classement[1], on trouve :

  • current expenditure on education (%PNB) : 39ième position
  • pupil/teacher ratio, secondary : 55ième position
  • gross tertiary education outbound enrolment (flux sortant de l’enseignement tertiaire): 65ième position
  • Ease of prospecting investors : 60ème position
  • gross capital formation : 98ième position
  • R&D financed by abroad (%): 42ième position
  • creative services export (%): 59ème position
  • Royalties & license fees payments: 46ème position
  • Computer & comm. service exports: 39ème position  

Par contre, les critères favorables

[2]

 :

  • Researchers headcounts/mn pop : 19ième position
  • Gross expenditure on R&D (% GDP): 14ème position
  • Quality of scientific research institutions: 15ième position
  • ICT access: 13ème position
  • ICT use: 18ème position
  • e-Gov: 8ième position
  • Intensity of local competition: 11ème position
  • State of cluster development: 25ième position
  • Computer software spending (%GDP): 16ième position
  • Recreation & culture consumption: 19ième position
  • Wikipedia monthly edits/mn pop: 11ème position

Le critère correspondant au stade de développement des clusters n’est pas si favorable (malgré les pôles de compétitivité). Autrement dit ce critère arrive dans notre classement général sans le modifier, mais loin derrière ce qu’il devrait être compte tenu de nos autres classements. Les clusters (et leur développement) ne sont pas à la hauteur de notre position dans la R&D (tant en budget qu’en qualité).

Ce classement (Global Innovation Index 2012) établi par entre autres par l’INSEAD ne fait que reconnaître la relativement bonne performance de notre système de R&D (le classement est conforme à notre effort en %, mais en retrait par rapport à notre effort en volume) et le rendement médiocre du système d’innovation. Le passage de la R&D à l’innovation ne marche pas.

On commence à y voir des raisons dans le système éducatif, dans l’investissement en général, dans l’attractivité vis-à-vis de partenaires étrangers, dans les industries créatives (alors que notre consommation et notre appétence nous y aideraient), dans la perte de compétitivité (pour ne pas dire la perte tout court) des nos industries en TIC, très probablement jumelée avec le manque d’appétence pour l’usage des TIC notamment dans les petites structures professionnelles (dissymétrie entre ICT access et ICT use).

Le tir groupé des pays nordiques (Suède – 2ème ; Norvège – 4ième, Danemark – 7ième, Finlande – 14ième) auquel on peut ajouter les Pays Bas – 6ième, permet peut-être d’y voir un modèle pour l’Europe où les études montrent que l’intensité du système productif pour les TIC est d’abord le résultat d’une intensité des usages (l’aval tire l’amont ou encore la demande et l’offre sont fortement corrélées).

On pourrait y voir un principe d’action pour ne pas privilégier l’offre sans développer simultanément la demande.

Plus spécifiquement dédié aux universités le classement QS University Ranking reconnait aussi la spécificité française, qui obtient de bons résultats dans certaines disciplines (notamment dans les domaines des sciences économiques et sociales, de la gestion, ou en mathématiques...) comme en témoigne le tableau suivant :

Mais qui ne fait apparaître que 3 universités françaises dans le Top 200 pour les disciplines « Computer Sciences » (qui comptent pas moins de 72 universités européennes – dont les 3 françaises -).Il y a fort à parier que les masses critiques jouent un rôle considérable. Que peuvent nos universités et nos grandes écoles face aux mastodontes que sont les MIT, Berkeley, Stanford.

Là c’est la fragmentation qui nous fait chuter. On observe déjà une première fragmentation entre universités et grandes écoles, mais on observe de plus une fragmentation interne entre les universités (qui ne se regroupent pas spontanément) et une autre fragmentation interne entre les grandes écoles (3 ENS – Paris, Cachan, Lyon et quelques rejetons en province, 7 ENM – Albi-Carmaux, Alès, Douai, Nancy, Nantes, Paris, St Etienne, 13 Polytech, ...).

On retrouve cette même fragmentation dans les pôles de compétitivité (11 pôles ont dans leur domaines les TIC sans compter 2 pôles pour la photonique). Bien au-delà de la transversalité des TIC qui irriguent bon nombre de secteurs et qui pourrait justifier que de nombreux pôles « sectoriels » ne peuvent pas rester en dehors de toute intégration des TIC, cette fragmentation, ajoutée à celle des EquipEx, des LabEx et des IRT viendra « perturber » les effets de masse critique d’une part et surtout les effets de cohérence d’autre part, non seulement au plan national mais également au plan européen. Il y a aussi probablement un effet de taille (et de discipline) dans le succès des pays nordiques – la taille des pays et donc des marchés rend plus aisé cet effet de cohérence et de taille critique.

C’est ainsi que l’on retrouve 7 universités des pays nordiques dans le Top 200 pour le domaine « Computer Sciences) du QS University Ranking (et 5 universités néerlandaises).

 Et voilà que Shanghai s’en mêle

Le mois d’août et ses marronniers ! Chaque année les journalistes savent qu’ils pourront compter sur le classement de Shanghai pour leur permettre de prendre des vacances. Ils pourront reprendre en copier coller leurs articles des années précédente, puisque rien ne change ni dans les classements (ou presque) ni dans les critiques émanant des autorités sur la partialité de ce classement qui fait la part trop belle au modèle anglo-saxon au détriment du modèle européen et notamment du modèle français. Ce classement n’est donc qu’une injustice de plus à notre égard.

Pourtant au-delà des critiques, on reconnait que l’on devrait « simplifier l’organisation de la recherche pour améliorer sa visibilité » et que « nos chercheurs doivent davantage travailler avec les projets européens »

[3]

.

Au-delà de la divergence sur les critères discutés par le classement de Shanghai, il s’agit de comprendre les objectifs visés par les différentes universités. Si le modèle anglo-saxon prédomine (et est reconnu par le classement de Shanghai) c’est peut-être parce qu’il correspond à ces attentes, autrement dit aux objectifs visés par les Harvard et autre Stanford ou Cambridge. En 7ième ou 8ième position (selon que l’on considère le top 100 ou le top 500) le dispositif français n’est pas à sa place « en absolu ». Ne serait-ce pas parce qu’il n’a pas à sa place en considération des objectifs recherchés ? Certes ce classement « n’est pas un outil de pilotage de la politique en matière d’enseignement supérieur et de recherche », il n’en est pas moins un outil de comparaison au regard des critères observés. Et si ces critères observés correspondent à un besoin identifié, alors il faut en conclure que notre système n’y répond pas, puisque le classement ne fait apparaître un établissement français qu’en 37ième position (Paris Sud), établissant ainsi une comparaison défavorable avec l’Allemagne et le Royaume Uni.

Les Assises de l’enseignement supérieur let de la recherche lancées récemment permettront peut-être de résoudre la quadrature du cercle que constitue la position dans la compétition mondiale, fille de l’innovation et la vocation des universités. Innovation, recherche et enseignement supérieur français ne sont pas au mieux de leur forme, ainsi qu’en témoignent les différents classements correspondants. Il est vrai qu’à tout demander à un seul dispositif on prend tout simplement le risque de n’avoir que des résultats médiocres dans chacun des compartiments. Aujourd’hui alors que tout repose sur une spécialisation offrant une visibilité, une reconnaissance et surtout un effet de masse critique, on demande à une université de faire de l’enseignement supérieur, de la recherche, de l’innovation, de la valorisation, de l’incubation, de la formation continue, quand ce n’est pas du développement territorial, de la politique régionale, … .

Combien de batailles perdues d’avance ?

La France vient de sortir du top 20 des pays les plus compétitifs, selon le classement du WEF (World Economic Forum), autre classement pervers qui ne comprend pas la spécificité de notre pays et qui nous classe malgré tout parmi les autres pays, alors que nous n’avons pas grand-chose à voir avec eux (voir l'article des Echos). Il est vrai que les nombreux « principes de précaution » qui illuminent notre pays (que l’on pourrait de temps en temps appeler « précaution de principe »), rejetant toutes les aventures avant de les avoir étudiées, nous privent de nombreuses opportunités de montrer notre capacité d’innovation, d’adaptation, de flexibilité, ... de compétitivité. OGM, gaz et huile de schiste, biogénétique, ... sont autant de champs interdits. Le vrai principe de précaution consisterai à étudier d’abord avant de se prononcer, à avoir toutes les données d’un nouveau domaine, avant de décider de le poursuivre (et vers quelle direction) ou de l’abandonner. Ce n’est pas donner le pouvoir aux experts, c’est ne pas abandonner le pouvoir aux lobbies de tous bords, notamment pour des raisons électoralistes, clientélistes que l’on baptise pudiquement raisons politiques. Dans le schéma présenté (Fiche détaillée de la France dans le classement du WEF), les zones vertes indiquent les critères pour lesquels la France est située dans le top 20 et les zones jaunes représentent les critères pour lesquels nous ne sommes pas dans le top 50 (sur 144 pays examinés) :

  • le bonnet d’âne est pour l’ensemble des critères « Labor market efficiency » (où notre pays apparaît en 141ième position pour les pratiques d’embauches et de licenciement et en 137ième position en matière de coopération dans les relations entre employés et employeurs).
  • Sur le plan des institutions, peu de jaunes, encore moins de vert et beaucoup de blanc (entre la 21ième position et la 50ième position). Retenons quand même la 126ième position pour ce qui concerne « le fardeau de réglementations gouvernementales », les 70ièmes positions et plus pour le gaspillage des dépenses publiques et les services gouvernementaux pour améliorer les performances économiques.
  • Au vert les critères relatifs aux infrastructures (à l’exception du taux de pénétration du mobile, qui bien que satisfaisant – 105% - est loin derrière celui des autres pays.
  • Les motifs de satisfaction (relatifs) se situent dans l’enseignement supérieur et la formation, dans la taille du marché, dans l’innovation et dans la sophistication de l’économie. Mais la France reste néanmoins pour l’essentiel dans la queue du peloton des 20 premiers pays ce qui est pour le moins paradoxal lorsque sa position en termes de GDP est au 5ième rang mondial et en termes de dépenses de R&D est entre la 6ième et la 8ième position mondiale.
  • Avec 10 pays parmi les 20 premiers (dont les 4 pays scandinaves – S, F, D, N – et une proportion écrasante de pays dits de l’Europe du nord) de ce classement l’Europe se place en bonne position.

Pudiquement je vais oser dire que si nous en avons les capacités, c’est dans la mise en œuvre que le bât blesse. Beaucoup de « dispositions » sont favorables pour notre pays mais dès lors qu’il s’agit de faire ou de mettre en œuvre, un tissu de contraintes (réglementaires, sociales, morales, ...) nous freine. A contrario, l’excellence française se retrouve dans les infrastructures et dans les disciplines, technologies, industries, proches des infrastructures (énergie, ferroviaire, aéronautique, ...), démontrant à l’envie que dès lors que l’état (au sens large) est en jeu les performances sont là. Est-ce dire que l’effort de l’état apporte la compétitivité ou bien que l’effort de l’état apporte les parts de marché (domestique) qui vont dans le sens de la masse critique. Peu importe, l’effort de l’état est primordial en positif comme en négatif. Surtout si l’on regarde la corrélation entre GDP par capita et compétitivité, grâce au graphique établi par le magazine The Economist :

où on pourrait dire que la France est parmi les premiers ... du peloton de queue.


[1]

En recherchant les critères pour lesquels notre rang est meilleur que notre classement général, liés au dispositif de R&D&I.

[2] En recherchant les critères pour lesquels notre rang est (très) supérieur à notre classement général (24ième) et qui sont directement liés au dispositif de R&D&I – donc en écartant les critères plus généraux de compétitivité de notre pays.

[3] Interview de Geneviève Fioraso – Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (Les Echos 120816).

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