[Parole d'expert] Jean-Christophe Bourgeois, specialiste de la gestion de l'energie dans le batiment intelligent

Retour au blog

"Il n'y a d'avenir que pour les systèmes ouverts ;

un système performant mais fermé est à terme condamné."

Jean-Christophe Bourgeois est "Expert systèmes d'information Efficacité Energétique & Environnementale" chez Cofely Axima, la filiale de GDF Suez leader en France du génie climatique. Autant dire que c'est un spécialiste du smart building, ce nouveau concept de bâtiment intelligent ouvert sur son environnement et une série de services, dont la gestion optimisée de l'énergie. Il est également l'un des promoteurs du label "Ready2Services" au sein de l'association "Smart Buildings Alliance for Smart Cities" dont il est le secrétaire.

On parle de plus en plus du concept de bâtiment intelligent, qu'est-ce qui explique cet engouement ?

Jean-Christophe Bourgeois. Les causes sont multiples. J'en citerai trois principales : la réglementation qui impose de meilleures performances énergétiques des bâtiments, la rareté des ressources qui pousse à la hausse des coûts d'énergie, et les préoccupations environnementales.

À cela, il faut ajouter l'avènement des énergies décentralisées comme le solaire ou l'éolien. Un bâtiment peut consommer mais également produire de l'énergie. Il sera parfois autosuffisant, parfois consommateur et d'autres fois producteur pour le bâtiment d'à côté.

Et puis nous sommes aujourd'hui à l'ère de l'interconnexion. Le bâtiment doit pouvoir interagir avec son environnement extérieur et avec ses occupants. Le smart building s'inscrit dans les concepts plus généraux de smart grids, les réseaux d'énergie intelligents, et de smart cities, pour un ensemble de services aux habitants.

Bientôt, un bâtiment qui n'est pas "smart" sera perçu comme étant obsolète. Il sera difficilement vendable ou on ne pourra pas le louer parce qu'il sera moins confortable et que ses coûts d'exploitation seront trop élevés.

Quel est le modèle économique qui porte le bâtiment intelligent ?

JCB. Jusqu'à présent, on construisait des bâtiments sans se préoccuper des coûts d'exploitation. Aujourd'hui, il faut raisonner globalement : investissement et fonctionnement. Il faut savoir surinvestir au départ en termes d'équipement tout en sachant que l'on récupèrera la mise en quelques années : en 3, 4 ou 5 ans. D'autant plus vite que les coûts de l'énergie augmentent, ce qui est plus que probable.

Cofely Axima travaille sur tous les bâtiments sauf le résidentiel, qu'ils soient publics, tertiaires, industriels, etc. Sur nos marchés, on voit de plus en plus de contrats CREM - conception, réalisation, exploitation et maintenance – pour lesquels il faut s'engager non seulement sur des coûts de conception mais également sur les coûts de fonctionnement sur une période donnée, par exemple 10 ans.

Un exemple de réalisation à mettre en avant ?

JCB. Le contrat de performance énergétique que nous réalisons pour Roanne Agglomération est un bon exemple. Il concerne des bâtiments déjà existants. Car il est aussi possible de rendre "smart" de l'ancien, l'investissement étant amorti très rapidement.

Il s'agit de trois bâtiments à usages différents : un immeuble de bureaux, une école d'ingénieurs et une pépinière d'entreprises avec data center. Nous y avons réalisé un ensemble de travaux dont la mise en place d'une solution de gestion intelligente de la performance énergétique. C'est un vrai engagement, qui nous contraint à réduire la consommation d'énergie de 34,5 % par rapport à une période de référence. Si nous n'atteignons pas cette performance, nous devons compenser intégralement. Et si nous faisons mieux, le gain est partagé avec le client. C'est une formule gagnant-gagnant.

Existe-t-il des freins à l'adoption du bâtiment intelligent ?

JCB. Aujourd'hui, chaque corps d'état travaille dans son coin, en silo. Demain, il faudra coopérer, tous métiers confondus : architectes, bureaux d'études, fabricants, installateurs, exploitants… Il faut que tout le monde travaille dans le même sens pour rendre le bâtiment interopérable. C'est d'abord une question d'état d'esprit.

Ensuite, il est essentiel que les systèmes soient les plus ouverts possibles. Il faut adopter les standards informatiques et ne pas rester dans des solutions spécifiques au monde du bâtiment. Si j'ai un seul message à faire passer aux constructeurs, c'est qu'il ne faut pas avoir peur d'ouvrir son système et partager ses données. La valeur ajoutée, c'est de fournir la bonne information. Il n'y a d'avenir que pour les systèmes ouverts ; un système performant mais fermé est à terme condamné.

C'est ce sur quoi nous travaillons au sein de Smart Buildings Alliance : trouver un langage commun entre tous et rendre les solutions interopérables. Le bâtiment intelligent doit être le plus possible respectueux de l'environnement, parfaitement intégré dans son éco-quartier et dans sa smart city, ouvert sur l'extérieur et ouvert à ses occupants qui sont les premiers acteurs de son bon fonctionnement.

 

Pour aller plus loin, participez le 23 octobre, à l'ESIR de Rennes :

  • À partir de 14h, à l'atelier Bâtiment intelligent #2 de la Meito "Présentation de solutions numériques pour répondre aux enjeux du Bâtiment Intelligent". S'inscrire.
  • À 18h, à L'After #15 Images & Réseaux "Vers la gestion optimisée de l'énergie pour un bâtiment", dans lequel Jean-Christophe Bourgeois interviendra aux côtés de Arnaud Legrand, dirigeant de Energiency. S'inscrire.
Retour au blog

Ajouter un commentaire