[Mission nationale France 6G] 6G, infrastructures critiques et souveraineté numérique : préparer la résilience de demain

Publié le 10/06/2026

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À l’heure où les infrastructures numériques soutiennent des fonctions vitales de nos sociétés — énergie, transports, santé, industrie ou services publics — leur résilience est devenue un enjeu stratégique majeur. Dans un contexte de tensions géopolitiques, d’accélération technologique et de multiplication des cybermenaces, l’Europe cherche à renforcer son autonomie numérique et sa capacité à maîtriser les technologies qui structureront son avenir.

La 6G, dont les premiers standards sont actuellement en préparation à l’échelle mondiale, représente bien plus qu’une nouvelle génération de réseaux mobiles. Elle constitue une opportunité unique pour l’Europe de concevoir des infrastructures de confiance, sécurisées, sobres et souveraines, capables de répondre aux exigences des secteurs les plus critiques.

À l’occasion de la techno conférence organisée par le pôle Images & Réseaux sur les infrastructures critiques et la résilience numérique qui aura lieu le 3 septembre à Lannion, nous avons échangé avec Hakima Chaouchi, coordinatrice de la mission nationale France 6G, afin d’échanger sur les défis à venir, les ambitions européennes et le rôle de l’écosystème français dans la construction des réseaux du futur.

 

Entretien.

Pouvez-vous nous présenter la mission France 6G ?

La Stratégie d’accélération 5G et Réseaux du Futur, pilotée par la Direction générale des Entreprises (DGE), a donné naissance à la mission nationale France 6G, coordonnée par Hakima Chaouchi (IMT). Cette mission a pour objectif d’animer l’écosystème français de recherche, d’innovation et de standardisation autour de la 6G. Elle vise à accroître la visibilité des acteurs et de leurs travaux aux niveaux régional, national et européen, tout en renforçant les collaborations entre les porteurs d’innovations et les experts impliqués dans la définition des futurs standards internationaux de la 6G.

France 6G a marqué par sa présence la visibilité de l’écosystème 6G au RDV mondial Mobile World Congress, puis au RDV européen EUCNC&6GSummit 2026.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de souveraineté numérique. Comment la 6G peut-elle devenir un levier stratégique pour la résilience européenne ?

Dans un contexte où la dépendance technologique face aux géants américains (Cloud, OS) et asiatiques (matériel, infrastructures) fragilise le Vieux Continent, la 6G offre une opportunité de rebattre les cartes.

Loin d’être une simple évolution technique, la transition vers la 6G constitue le point de bascule de la souveraineté numérique européenne face aux blocs américain et asiatique. En intégrant nativement — dès sa conception (by design) — les impératifs de sécurité post-quantique, de protection des données et d’efficacité énergétique, l’Europe a l’opportunité d’imposer ses standards éthiques et industriels à l’échelle mondiale. L’essor d’architectures ouvertes (Open RAN) , l’intégration de l’intelligence artificielle et l’interconnexion avec des constellations de satellites souveraines, à l’image du projet IRIS², ne visent plus seulement à fluidifier les communications. Ils transforment le réseau de demain en une infrastructure critique hautement résiliente, la protection de nos industries clés.

Les réseaux numériques soutiennent aujourd’hui des secteurs essentiels comme l’énergie, les transports ou la santé. Avons-nous changé d’échelle dans notre dépendance au numérique ?

Oui, nous avons franchi un véritable changement d’échelle : le numérique n’est plus un simple outil d’optimisation sectorielle, il est devenu le système nerveux central et vital de nos sociétés.

Aujourd’hui, l’énergie, les transports et la santé ne font plus seulement usage du numérique, ils y sont structurellement adossés à travers des technologies d’hyper-connexion (comme la 5G/6G, le cloud et l’intelligence artificielle), transformant une panne de réseau ou une cyberattaque en un risque systémique immédiat.

Cette dépendance s’est profondément accentuée avec l’automatisation en temps réel : un écran noir ou un serveur paralysé ne ralentit plus seulement l’administration d’un hôpital ou la gestion d’un réseau ferroviaire, ils peuvent instantanément stopper la distribution d’électricité, bloquer des flux logistiques mondiaux ou interrompre des soins vitaux. Nous sommes ainsi passés d’une dépendance de commodité à une vulnérabilité existentielle, où la résilience des infrastructures numériques conditionne désormais directement la continuité physique et souveraine des États.

Pourquoi la question des infrastructures critiques est-elle devenue centrale dans les débats autour des réseaux télécoms ?

La centralité des infrastructures critiques dans les débats télécoms découle d’un changement de nature des réseaux, passés du statut de services de communication à celui de fondation vitale pour l’économie et la vie citoyenne.

Avec l’avènement de la 5G et de la future 6G, ces réseaux opèrent une fusion inédite entre les mondes physique et numérique, pilotant de manière automatisée et en temps réel la distribution d’énergie, la gestion des transports ou l’accès aux soins. Dès lors, le contrôle des équipements, la cybersécurité des architectures logicielles et le choix des fournisseurs technologiques ne sont plus des décisions purement commerciales, mais des arbitrages souverains de premier plan.

Protéger ces infrastructures contre les défaillances systémiques ou les ingérences économiques étrangères est devenu le premier rempart pour garantir la continuité des services de l’État, la protection du secret industriel et la stabilité globale de la société.

Pourquoi France 6G participe-t-il à cette conférence technologique ?

La participation de France 6G à cette conférence du pôle de compétitivité Images & Réseaux est une opportunité de rencontre avec les acteurs du terrain concepteurs et utilisateurs des infrastructures critiques et résilientes.

La mission nationale France 6G a pour rôle de renforcer les collaborations de l’écosystème 6G d’innovation et standardisation afin de peser sur les futurs standards internationaux du réseau.

En s’associant à un pôle de compétitivité comme Images & Réseaux (solidement ancré en Bretagne et Pays de la Loire), France 6G souhaite à la fois valoriser les initiatives portées par les PME, startups et laboratoires des territoires, les confronter aux besoins concrets des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les transports ou la santé, et présenter les actions menées par la mission.

Cette rencontre est également l’occasion de faire connaître les groupes d’experts France 6G, notamment ceux consacrés aux réseaux critiques et résilients ainsi qu’aux usages et à l’expérimentation, tout en favorisant les échanges avec les acteurs impliqués dans la standardisation internationale. Plus largement, elle contribue à fédérer l’écosystème français autour d’une ambition commune : positionner les innovations nationales au service de la souveraineté numérique et de la résilience européenne.

Quel message souhaitez-vous adresser aux participants de cette conférence autour des infrastructures critiques et de la résilience numérique ? Pourquoi est-il important de fédérer industriels, chercheurs et acteurs publics autour de ces enjeux ?

Le message est simple : la résilience numérique de demain se construit aujourd’hui. Aux acteurs des infrastructures critiques réunis lors de cette conférence, France 6G souhaite adresser un appel clair : soyez les architectes, et non de simples utilisateurs, du réseau de demain. La 6G doit intégrer nativement (by design) les contraintes de terrain les plus strictes en matière de sécurité absolue, de continuité de service en mode dégradé et de sobriété énergétique. L’objectif est de passer d’une logique de cybersécurité réactive à une logique de résilience systémique.

Face à l’accélération du développement de la 6G dans le monde, il est essentiel de renforcer la coopération entre chercheurs, industriels, utilisateurs et acteurs publics. France 6G a pour mission de fédérer cet écosystème afin d’aligner les travaux de recherche, d’innovation, de standardisation et de déploiement autour d’une vision commune. L’objectif est de renforcer la visibilité de l’expertise française et européenne et de contribuer activement aux futurs standards internationaux. Au-delà de l’enjeu technologique, il s’agit de préserver notre souveraineté numérique et de construire des réseaux capables de répondre aux défis et aux crises de demain.

 

Vous êtes intéressé par le sujet ? Rendez-vous le 3 septembre chez Nokia à Lannion pour explorer ensemble les leviers au service d’un numérique résilient à l’occasion de la techno conférence “Le numérique au service de la résilience : Observer, connecter et sécuriser les systèmes vitaux” !

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