Publié le 13/07/2026

Alors que les environnements opérationnels deviennent toujours plus complexes, la connectivité s’impose désormais comme un enjeu stratégique majeur. Bien plus qu’une simple infrastructure de communication, elle constitue un véritable facteur de supériorité informationnelle, de résilience et d’efficacité opérationnelle.
À l’occasion de l’Advanced Connectivity Forum, les acteurs de la recherche, de l’industrie et de la défense ont échangé sur les transformations profondes qui façonnent l’avenir des systèmes connectés : montée en puissance des architectures data-centric, convergence entre connectivité, intelligence artificielle, cloud/edge et technologies quantiques, mais aussi défis liés à la standardisation, à la souveraineté technologique et aux usages duals.
Cobelty, acteur engagé sur les sujets d’innovation à l’interface entre recherche, industrie et technologies critiques, revient sur les principaux enseignements de ces deux journées d’échanges et sur les opportunités qui se dessinent pour les écosystèmes industriels et territoriaux.
Découvrez le retour de Ludovic NOBLET sur ce grand rendez-vous.
Sur cette première année d’existence, Cobelty s’est vu confier plusieurs projets impliquant d’explorer simultanément standardisation et usage dual. Particulièrement vis à-vis de technologies de connectivité pour lesquelles standards et open source sont incontournables. La politique OTAN vise à recourir aux standards civils appropriés dans toute la mesure du possible et à ne développer ses propres standards que dans le cas échéant. L’articulation entre standards technologiques, implémentations open source développés pour des usages civils et leurs déclinaisons pour les applications de défense posent toutefois de multiples questions. Technologiques ou non car standardisation, mais aussi open source, sont aussi des arènes géopolitiques. La dimension duale amène donc un niveau de complexité supplémentaire qu’il est important de maitriser.
L’agenda de ce forum Advanced Connectivity était très aligné avec des projets en cours, l’objectif pour Cobelty d’entretenir sa capacité à appréhender la complexité évoquée: dimensions propres aux Etats membres et enjeux d’interopérabilité, feuille de route scientifique et technologique OTAN et convergence technologique (connectivité, data, IA, cloud/edge, quantique), agenda en matière de connectivité et évolutions au-delà de 5G (« next G »), enjeux industriels en matière de connectivité « defence-grade », etc.
La supériorité informationnelle, l’aide à la décision, la continuité et la résilience du lien de commandement sont des fonctions déterminantes. Elles reposent sur une circulation sécurisée et rapide des données (satellites, drones, capteurs), des paradigmes « data-centric » pour lesquels, sans connectivité, les systèmes, drones par exemple, perdent une partie de leur utilité. Un drone sans connectivité n’est qu’une plateforme. Le sujet concerne aussi le nombre sans cesse croissant d’assets connectés, de systèmes autonomes connectés entre eux. Les besoins de bande passante de plus en plus élevés qui en découlent. Concernant les systèmes basés IA, la latence est un sujet critique. Les cyberattaques ne peuvent plus être considérés comme des évènements exceptionnels. Le spectre est un environnement extrêmement hostile, un champ de bataille à part entière. Etc.
Pour ces raisons, la connectivité ne peut plus être vue comme une fonction support. Non plus comme une technologie ou plateforme technologique. Elle est une fonction de combat à part entière, d’enjeu à pouvoir combiner toutes les ressources disponibles en capacité plus large de résilience. En toute confiance, en toute sécurité. Cela pose donc de multiples questions d’identification et de compréhension de « reality gaps », d’exercice de lucidité: par exemple emploi de technologies civiles conçues en contexte de paix et la réalité opérationnelle en temps de conflit. Ou encore de choix technologiques sur la base de critères d’efficience ou de performance quand l’enjeu est celui de la résilience. Ou encore d’architecture ou d’infrastructures conçus pour des conflits passés alors que les menaces sont asymétriques, les conflits hybrides et que s’ouvre une ère data et IA.
In fine, ce sont aussi des questions d’approche duale entre industrie et défense, de paradigmes entre scalabilité et fondations, de démarche « resilience by design », d’agilité au delà des seuls sujets d’interopérabilité. Sans oublier les dimensions de test et d’expérimentation qui sont fondamentales.
Les infrastructures critiques sont des cibles de choix, il suffit d’observer les conflits actuels. Ce sont des composants critiques d’une architecture et d’un système capacitaires vitaux. Energie, logistique, santé pour ne donner que quelques exemples. Les conflits sont devenus asymétriques, hybrides. L’agression, l’attaque, la neutralisation ne sont pas que physiques. Elles ne visent pas que des infrastructures militaires. De ce fait, ces infrastructures critiques partagent de nombreux points communs avec la défense en termes de cyber-résilience, de dimensions de « survavibilité ». La connectivité est un point d’entrée dans une surface d’agression, d’attaque, de neutralisation. C’est là qu’intervient, de mon point de vue, une dimension systèmique importante. On ne parle pas juste d’infrastructures à considérer isolément, mais de systèmes de systèmes, de complexité élevée. Il est question d’interdépendances, d’identification de points critiques de fragilité, de chaines de propagation et d’effets associés par exemple. Un peu plus que de la gestion de risques sur un continuum conception-opérations. C’est d’autant plus important que s’opère par ailleurs une convergence entre de technologies connectivité, data/IA, cloud/edge, quantique. La notion de « resilience by design » revêt là tout son sens et requiert de raisonner ingénierie des systèmes complexes, systèmes de systèmes.
Pour Cobelty, ce sont des compétences et capacités clés dont il faut disposer et qu’il faut développer, puisque l’entreprise intervenir principalement à l’intersection entre recherche et innovation, au niveau d’interactions entre académiques et industriels. Considérant standards et open source dans le paysage en tant que modalités de transfert technologique mais aussi cadres réglementaires (ex. AI Act et applications à haut risques).
Il l’est indéniablement pour toutes les raisons évoquées plus haut. L’opportunité principale, de mon point de vue, porte sur cette notion de « resilience by design » qui en englobe d’autres: « security by design », « zero trust principles » par exemple. Conception d’architectures comme implémentations. C’est aussi un point commun avec des aspects de frugalité: comment rester opérationnel au maximum quand il reste peu… Il ne s’agit pas juste de durcissement. Si on pose la question de la dualité en termes d’innovation ouverte, alors cela signifie considérer l’innovation civile en veillant aux questions de résilience en tant que principes mêmes de conception.
Cela consiste aussi en une capacité de discernement à travers l’identification de ce qui doit rester spécifique au domaine défense. Formes d’onde et enjeux de furtivité, d’interception, de détection (LPI/LPD), de versatilité (Software Defined Radio). Gestion dynamique de ressources entre usages civils et militaires (spectre). Intégration multi-domaines entre maritime, terrestre, aérien et spatial (NTN). Transposition de l‘usage de technologies de sensing en contexte d’environnements électromagnétiques hostiles (ISAC). Ce sont typiquement des sujets qui ne sont pas triviaux à traiter vis à vis de technologies civiles faisant l’objet d’une standardisation internationale comme la 5G et ses évolutions 5G-Advanced, 6G demain. Au delà, je pense qu’il y a aussi de nombreuses opportunités à saisir en matière de modélisation et de simulation sur une échelle micro (technologie), macro (système) et méso (systèmes de systèmes). En évaluation de scénarios de résilience pour donner un exemple. Parce que si la résilience est quelque chose qui ne se décrète pas, alors disposer d’outils adaptés pour la conception de systèmes résilients est clé.
Ce sont clairement des opportunités d’innovation en dehors de ces cadres de standardisation, qui impliquent aussi de raisonner versatilité des usages à différents niveaux au delà d’aspects d’interopérabilité. Une technologie qui n’a pas trouvé sa place en standardisation dans un contexte civil peut avoir la sienne en contexte défense. Cela requiert aussi un dialogue avec les acteurs de la défense, par exemple à travers les dispositifs défense dans lesquels le pôle Images et Réseaux s’implique et qui sont assez précieux.
J’ai été assez étonné par le programme collaboratif R&D de l’OTAN/STO autour de ces sujets de connectivité. Certains sont clairement sinon une déclinaison du moins très en lien avec des travaux en cours en pré-standardisation, standardisation, au sein de communautés open source en contexte civil. Dans le même temps, l’OTAN développe depuis longtemps ses propres déclinaisons de standards civils, voire ses propres standards lorsque nécessaire (STANAG).
Un des défis que je vois en termes d’approche duale est l’articulation entre les activités OTAN/STO, celles portées par l’EDA, le FED, les Etats membres et les activités en standardisation et communautés open source. Il y a par ailleurs la question de ce qu’on pourrait pudiquement appeler la « conditionnalité américaine » liée à l’OTAN, toute dépendance industrielle et d’implication liée à des dimensions de réglementation à l’export. En effet, les standards sont une chose, ils permettent l’interopérabilité. Mais pas forcément une complète immunité aux dépendances critiques car il y aussi une réalité matérielle, physique et un enjeu de sécurisation des chaines de valeur. Votre question évoque en fait toutes ces dimensions et la réponse est complexe car nous sommes dans un contexte d’environnements volatils, incertains, complexes et ambigus. Et de défis majeurs en termes de mobilisation de moyens financiers. Forcément d’éléments de réponse sur un continuum territorial, national et européen.
Nous avons complètement notre place. De manière objective, nous disposons en France d’une filière défense, associée à un tissu industriel de premier plan, structuré. Des grands groupes qui sont des acteurs européens, internationaux majeurs. De très belles ETIs et PMEs. Nous disposons aussi d’acteurs d’excellence en matière de recherche, d’ingénierie. Je pense que ce constat est aussi vrai pour d’autres filières, particulièrement s’agissant d’infrastructures critiques comme pour l’énergie, le transport et la logistique, l’aéronautique et le spatial pour n’en citer que quelques unes. Nous savons appréhender les systèmes complexes.
De multiples capacités existent pour traiter d’innovation duale. Nous disposons d’un système capacitaire avec la DGA, l’ONERA, l’AID, l’AMIAD sur le plan national, BINGO sur le plan territorial. L’EDA et le FED au niveau européen. Les comités stratégiques de filière. L’ensemble permet de mobiliser ces capacités et de les articuler.
Spécifiquement concernant les technologies de connectivité, je dirai que les dimensions duales sont une opportunité majeure à saisir particulièrement en matière d’activités de standardisation en environnement civil comme de défense pour redévelopper notre présence, notre influence, impacter.
La techno conférence du 3 septembre permettra d’évoquer la plupart de ces sujets s’agissant de technologies numériques, d’infrastructures vitales/critiques, de problématiques de complexité liée aux systèmes de systèmes.
À la suite de ce forum, les priorités sont d’abord le partage d’information et la sensibilisation aux évolutions clés, notamment en matière de standardisation, de technologies numériques, d’infrastructures critiques et de systèmes complexes. Beaucoup d’organisations ne disposent pas des ressources nécessaires pour assurer cette veille. Cobelty, grâce à son activité d’intelligence sur ces sujets et son implication dans des communautés de standardisation et open source, propose de partager des éclairages avec l’écosystème Images & Réseaux, notamment sur les enjeux d’innovation duale.
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L’Advanced Connectivity Forum a confirmé une évolution majeure : la connectivité n’est plus une fonction support, mais une capacité stratégique à part entière. Dans un contexte marqué par des menaces hybrides, des infrastructures critiques de plus en plus interconnectées et une accélération des cycles technologiques, la résilience doit désormais être pensée dès la conception des systèmes.
Cette approche implique de renforcer les passerelles entre innovation civile et besoins de défense, en s’appuyant sur les standards, les communautés open source et les dynamiques industrielles internationales, tout en préservant les capacités de souveraineté et de maîtrise technologique.
Pour les acteurs français et européens, les opportunités sont nombreuses : développer des architectures résilientes, contribuer aux travaux de standardisation, expérimenter de nouveaux usages et mieux articuler les compétences issues de la recherche, de l’industrie et des territoires. Le partage d’information, la coopération et la capacité à anticiper les évolutions technologiques seront des leviers essentiels pour construire les systèmes connectés de demain.