Qu’ils plongent, roulent ou volent, les véhicules prennent leur autonomie

Publié le 07/10/2019

Technoférence #31 Networking

Il en existe aussi qui marchent, comme le robot à 6 pattes de Pilgrim Technology en démo sur les stands le midi. Anniversaire oblige, la 30e édition des Technoférences Images & Réseaux s’offrait un thème attractif : “Les véhicules autonomes, en mer, sur terre et dans les airs”. Un sujet au carrefour de toutes les R&D : capteurs, reconnaissance d’objets, IA, connectivité, énergie…

La Technoférence #30, édition spéciale anniversaire, se tenait le 3 octobre dans les locaux de l’INRIA Rennes Bretagne Atlantique. Les conférences du matin étaient relayées en visioconférence vers Brest, Lannion, Le Mans, Nantes et Vannes. Sur le site principal, elles se poursuivaient par un déjeuner de networking avec stands et démos. L’événement était organisé par Images & Réseaux + TES an partenariat avec INRIA, et le Centre technologique drone ouest.

Technoférence #31 Sarah Guy

Sarah Guy présentait sa dernière Technoférence avant d’aller vers d’autres horizons. Ici avec Olivier le Meur de l’IRISA et Laurent Fangain de Inpixal.

Drones : 10 milliards d’euros dans le monde en 2020

Boris Schoene et Erwan Renaudin de la société Logiroad commençaient par dresser un tableau des enjeux et perspectives, un exercice difficile s’agissant d’un marché en pleine construction. Installée en banlieue sud de Nantes, Logiroad édite des logiciels d’aide à la décision dans le domaine de l’entretien et de l’exploitation des réseaux routiers. Ce qui l’amène à utiliser “de nouveaux vecteurs de surveillance du trafic” : les drones.

Technoférence #31 Logiroad

Selon les intervenants, le marché mondial du drone civil devrait atteindre les 10 milliards d’euros l’an prochain. En France, on compte une quarantaine de fabricants et 7000 opérateurs qui ont réalisé “entre 100 et 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018”. Notre pays est bien positionné grâce à une réglementation “dès 2012” pour encadrer les usages. Grâce aussi à une Direction générale de l’aviation civile (DGAC) “à l’écoute de l’écosystème” ce qui “permet d’expérimenter”.

Une exigence pour le secteur : “il va falloir augmenter la fiabilité des machines”, ceci pour se rapprocher des normes de l’aviation civile. Et il faudra faire vite car “le drone automatique est déjà là”. Il existe de nombreuses expérimentations en cours. Notamment pour la livraison de colis, également le “transport de soins et de médicaments”.

Transports interurbains : “il sera plus facile de voler que de rouler”

Autre exemple d’expérimentations en cours, la société ESP (European Sustainable Propulsion) conçoit et fabrique “des turbines électriques et des turbo-drones” dont elle réalise des essais à l’aéroport d’Angers où elle est basée. Son CEO, Robert Vergnes, fait un rapide tour des projets “Urban Air Mobility” dans le monde. Il existe beaucoup de projets ambitieux, et beaucoup d’échecs. Lui croit dur comme fer dans une technologie : “la propulsion électrique distribuée”. Son principe : l’aéronef est propulsé par un ensemble de turbines électriques distribuées et orientées en 3D. Pourquoi cette conviction ? D’abord, “parce qu’on passe à l’électrique, donc tous les coûts sont divisés par 10”. Aussi, grâce à la distribution de la poussée, “une turbine peut cesser de fonctionner sans remettre en cause la sécurité”. Enfin, “le drone reste très stable” même par mauvais temps.

Rober Vergnes, CEO d’ESP (groupe Neva Aerospace)

Ils sont seulement “9 dans le monde” à travailler sur le sujet. Reste le problème de l’autonomie des batteries, qui n’autorise aujourd’hui que 20 minutes de vol. Une fois l’obstacle contourné : “C’est plutôt dans le fret que ça émergera.” L’entrepreneur imagine à moyen terme “une fusion des transports” grâce à l’émergence de multicoptères à propulsion électrique. “Ma vision, c’est que dans 20 ou 30 ans il sera plus facile de voler que de rouler.”

Dans l’air, sous la mer : des sujets de recherche pointus

Paolo Robuffo Giordano, chercheur au CNRS-IRISA, s’intéresse lui aux flottes de robots volants dans des environnements non-structurés (sans repères prédéfinis). Un domaine prometteur où il reste beaucoup de défis à résoudre. Notamment en matière de prise de décision afin de remplir une mission. Selon le chercheur, la difficulté n’est pas de voler mais pour chacun des drones de savoir quoi faire. L’équipe travaille à un contrôle partiel par un opérateur grâce à des dispositifs comme des “wearable devices”, des périphériques de contrôle portés sur soi, et du “force feedback”, donc du retour d’effort.

Technoférence #31 Giordano

Paolo Robuffo Giordano

Changement de décor avec Luc Jaulin, du LabSTICC, dont les robots explorent le fond des mers. Le cas d’usage : retrouver l’épave de La Cordelière, un navire coulé dans la rade de Brest il y a 5 siècles. Le problème : Il est difficile de se géolocaliser alors que sous l’eau il n’y a ni GPS, ni repères et une visibilité très faible. Et la solution ? “On s’inspire des méthodes à l’ancienne” explique le chercheur en faisant référence aux navigateurs qui parcouraient l’Océanie il y a des milliers d’années. “La technique que l’on développe est le suivi de chemin, un peu comme les tortues marines qui suivent les fronts isothermes pour être capables de revenir à leur position sans se perdre.”

Transports autonomes : l’IA est partout

Retour sur terre avec les véhicules autonomes roulants. Xavier Perrotton dévoile la stratégie sur le sujet de Valeo. L’équipementier automobile développe aujourd’hui des dispositifs d’aide à la conduite qui lui permettent de “glisser progressivement vers le véhicule autonome”. L’architecture du système : une brique de fusion synthétise l’ensemble des informations issues de différents types de capteurs (ultrasons, fish-eye, lidar, radar) de façon à créer “un modèle d’environnement” ; tandis qu’une brique de contrôle arbitre la trajectoire du véhicule à partir de différents scénarios prédictifs. On retrouve de l’intelligence artificielle (deep learning) à tous les étages : “dans les algorithmes de fusion, de prédiction de planning et de contrôle” notamment. Et sur toute cette chaine, il reste de nombreux défis. Par exemple : “la stabilité des réseaux de neurones”, “la pertinence des données”, “les contraintes liées à l’embarqué”, “les stratégies de validation et de sécurité”.

Hexapode Pilgrim Technology

Sur les stands, l’hexapode de Pilgrim Technology, capable de marcher, enjamber et se contorsionner pour pénétrer dans les milieux industriels encombrés.

Les problèmes sont légèrement différents pour B2A Technology, puisque le groupe développe des engins autonomes évoluant dans des environnements structurés comme les usines, les entrepôts, les hôpitaux, les aéroports. B2A est issu de la fusion il y a 18 mois de la PME bretonne BA Systèmes avec l’orléanaise Alstef. En milieu industriel explique Samuel Pinault, la fiabilité est un élément clé car les AGV (Automated Guided Vehicles) doivent fonctionner 24h/24 et toute l’année. Même exigence en milieu hospitalier pour la branche BA Healthcare, sauf qu’en plus “les évolutions sont très lentes à valider”. Quelques exemples de “gros sujets” R&D à traiter : les liaisons de communication en milieu hospitalier, les performances et durées des batteries (B2A a développé un rack permettant le changement automatique de batterie), la sécurité car les AGV cohabitent avec du personnel au travail.

Le cas particulier des vidéos captées depuis un drone

Les conférences se terminaient par deux focus sur les drones caméras. D’abord “l’estimation de la saillance visuelle dans des vidéos enregistrées par des drones”, un sujet de recherche commenté par Olivier Le Meur de L’université Rennes 1-IRISA. La saillance visuelle est la capacité à remarquer un détail dans photo ou vidéo. Les technologies actuelles d’estimation de saillance sont-elles adaptées à la vue d’en haut depuis un drone, très différente de la vue naturelle à hauteur d’homme ? Des études menées par l’équipe PERCEPT sont en cours.

Un turbodrone d'ESP

Un turbodrone d’ESP

Enfin, Laurent Fangain de Inpixal présentait quelques unes des technologies de traitement d’images développées par la PME rennaise. Celle-ci a mis au point “une chaine vidéo pour véhicules autonomes” permettant notamment de “stabiliser les images” captées depuis un drone. Autre problème à résoudre : “savoir positionner avec précision sur une cartographie ce qu’on voit sur les vidéos”. Cette fonction est essentielle aux forces de sécurité et de défense, secteurs pour lesquels travaille Inpixal.

Retenez la date du 3 décembre, sur la photonique

Le cycle de Technoférences se poursuit par une édition #31 qui se tiendra le 3 décembre 2019 à Lannion. Le thème : “La photonique et ses usages”.

Sarah Guy Anniversaire

30e édition et dernière animation par Sarah Guy d’Images & Réseaux, c’est l’heure des bougies !

 


A l’occasion de la 30e technoférence d’Images & Réseaux, découvrez  le diaporama vidéo réalisé par l’équipe Images & Réseaux qui rappelle les sujets précurseurs abordés depuis 2012 

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